mexique

Pour une raison qui m'échappe la dernière explosion de colère mexicaine a franchi les murs des médias français. Or, elle n'est qu'une parmi tant d'autres aux Amériques, mais l'augmentation du prix des carburants (20% pour l'essence et 16% pour le diesel) semble susciter quelques attentions. Pourquoi ? Car il existe trop de paradoxes.

1 - Le Mexique est un historique producteur de pétrole si bien qu'il fut le premier pays au monde à nationaliser cette production en 1936. Mais produire du pétrole n'est pas produire du carburant car entre les deux opérations il faut une raffinerie. Donc, et c'est la première anomalie, plus de 50% des carburants viennent… des USA… où les prix n'ont jamais été aussi bas !

2 - A cette situation ordinaire vient de s'en ajouter une autre : le gouvernement vient de privatiser la production en assurant qu'ainsi… les prix allaient baisser !

3 - La colère est aussi une colère par anticipation car l'augmentation des carburants ne peut qu'entraîner bien d'autres augmentations pour une peuple au bord du gouffre.

4 - Et comble de malheur, tout citoyen un peu informé sait que l'importation de carburants est une des sources majeures de corruption de la classe au pouvoir : certains s'enrichissent sur le dos de ceux qui s'appauvrissent. On le sait avec les scandales Petrobas au Brésil, on le sait moins avec les scandales Pemex au Mexique.

5 - L'augmentation est donc liée à la "libéralisation". Mais fait suite aussi à un vote du parlement pour installer une taxe de 36% pour regonfler le budget du pays. Quand aux USA le prix du gallon (3,7 litres) tourne autour de 2,1 dollars il passe de 15 à 18 pesos le litre au Mexique. Un dollar valant 21 pesos on peut dire que le prix du carburant est le double. Mais observons le en passant, en France, toujours à cause des taxes le prix est bien supérieur puisque pour un gallon il faut payer presque 5 dollars.

 

La colère populaire a donc répondu au saccage du pays organisé par les pouvoirs, à son propre saccage entrainant une répression phénoménale. Cette colère surprend par son ampleur dans tous les pays. Généralement les colères sont multiples mais diverses, désunies, parfois concurrentes. Cette fois le rôle central du carburant a produit une colère générale. Le président Peña Nieto doit-il démissionner ?

Le PRI avait remplacé le PAN et le drame du pays reste le même avec un risque d'aggravation suite au fait que Donald Trump a décidé de faire du Mexique son bouc émissaire.

Une nouvelle force politique ? Le PRD qui représentait la gauche a connu une scission de gauche avec AMLO (l'ancien dirigeant Lopez Obrador) mais personne  ne sait quel résultat il peut en sortir.

La colère est d'autant plus considérable qu'aucun recours politique ne semble évident. L'année 2017 s'annonce très mal pour le Mexique (comme pour le Brésil, l'Argentine, le Chili etc.) : le modèle de "développement" par les accords avec les USA, par le libéralisme, par l'autoritarisme risque d'être assassiné par ceux là qui le prônèrent (les puissances des USA) sans que personne n'ait d'alternative à proposer.

J-P Damaggio