Une nouvelle fois l’art mexicain de la première moitié du XXe siècle s’installe dans un musée français. Avec les géants (Orozco, Rivera, Siqueiros) avec les femmes artistes, avec Tina Modotti et quelques autres. C’est au Grand Palais sous le titre : « Mexique 1900-1950, Diego Rivera, Frida Kahlo, José Clemente Orozco et les avant-gardes ».

La précédente exposition du même genre s’était déroulée à Lille en 2004 mais dans une optique un peu différente : montrer les allers-retours Mexique-France. Et cette optique m’a semblé plus porteuse de réflexions que le projecteur seulement braqué sur le Mexique. Le brillant exemple se lit dans l’œuvre de Jean Charlot présente dans les deux expositions. Les visiteurs du Grand Palais ont, c’est vrai, quelques indications sur Jean Charlot mais le réflexe fait se demander pourquoi un nom si français dans une exposition sur le Mexique ? Or Jean Charlot à la différence des autres Français qui vont venir s’installer au Mexique, est à la fois extérieur au pays et membre de ce pays par sa biographie. Par sa biographie il est sans nul doute le Français pour qui la société mexicaine est la moins exotique ! Sur bien des points il la connaît mieux que des Mexicains eux-mêmes !

Dans les deux expositions nous avons droit « aux femmes artistes ». Frida Kahlo si elle revenait parmi nous serait sidérée de constater son succès posthume. Etudiante en médecine détournée de son projet par un accident de la route, Frida va produire une œuvre douloureuse à présent bien connue (douleurs qui viennent plus d’une malformation congénitale que de l’accident lui-même). Elle me fait penser au sort de Camille Claudel. Il y a aussi Maria Izquierdo qui comme les autres artistes doit autant à leur dialogue avec l’Europe qu’à leur confrontation avec leur propre pays ! D’Artaud à Le Clézio un Mexique d’au-delà des influences européennes a toujours été rêvé par des passionnés d’exotisme. Sauf que par sa situation carrefour, le Mexique des origines ne peut qu’être un mythe.

Le pays est par exemple extrêmement francophile, les habitants ayant plutôt retenu de l’histoire de France la Marseillaise, que l’opération militaire qui installa à Mexico le dictateur Maximilien. Cette invasion du Mexique par les troupes du Second Empire est une des aventures les plus noires lancées par Napoléon III. Cet événement est rappelé dans l’album de l’exposition avec le cas Manet qui n’a pu exposer sa toile sur l’exécution de Maximilien en 1868, ce qui a suscité cette belle phrase d’Emile Zola : « Vous comprenez l’effroi et le courroux de messieurs les censeurs. Eh quoi ! un artiste osait leur mettre sous les yeux une ironie si cruelle, la France fusillant Maximilen ! ». Car pour Zola la France est bien celle des insurgés de Mexico et non celle de Maximilien.

 Le pays gardera un lien très fort avec l’Espagne et le grand voisin du nord, les USA, vont à leur tour jouer un grand rôle et en particulier dans le domaine des arts plastiques par des commandes décisives des riches étatsuniens.

 Je vais à présent m’arrêter sur une peinture d’Orozco, le défilé zapatiste.

orozco

Pour une guide du musée elle exprime trois choses :

a)Les chefs qui, sur leurs chevaux dominent les paysans réduits à des pions

b)Ce mépris des chefs peut se lire dans leurs regards.

c)Derrière, les femmes suivent pour enterrer leurs maris morts pour leurs chefs.

Une peinture qui ridiculise la Révolution ?

Sauf que pour les Zapatistes de 1920 leur chef Zapata se fera assassiner en 1919, et il était plus paysan comme le simple soldat, que chef comme Pancho Villa.

Je suppose que la guide en question parlait en connaissance de cause et, pour répondre il me faudrait mieux connaître le parcours d’Orozco.

J-P Damaggio