Baylet 1998

Voilà un document qui pourrait s'ajouter à ceux de mon livre sur J-M Baylet. Pour le situer il faut indiquer qu'en 1997 Jospin a refusé de prendre Baylet comme ministre (pour cause de casseroles) ce qui causa la colère du baron à un tel point qu'en 2002 il présenta ChristianeTaubira qui pour Jospin fut la cause de sa défaite. Le texte est d'autant plus amusant que là où Baylet règne il est champion en hégémonie. Mais Baylet a toujours fait comme s'il était encorfe à la grande époque du radicalisme et ça lui a réussi. J-P Damaggio

 

Evènement Du Jeudi 4 juin 1998

Les rendez-vous de Gérard Miller, JEAN-MICHEL BAYLET, «Le PS m'a voler»

 Gérard Miller: Pour sa première année à Matignon, avez-vous souhaité bon anniversaire à Lionel Jospin ?

Jean-Michel Baylet : Non. Je suis très peu porté sur les commémorations.

G.M.: Dites la vérité: vous ne supportez plus les socialistes.

J.-M.B.: Je ne supporte plus leur comportement hégémonique. Ils agissent comme s'il n'y avait qu'eux et les petits oiseaux...

G.M.: Vous maltraitent-ils?

J.-M.B.: Les formes sont respectées, mais ils n'en veulent pas moins enrégimenter tout le monde dans une seule et même formation. Alors ils banalisent les divergences, gomment les différences, et peu à peu nous comptons pour du beurre. Le PS ne veut plus voir qu'une tête ! Son rêve, c'est que l'électorat de gauche s'identifie à lui seul.

G.M.: Visez-vous un courant précis du Parti socialiste ?

J-M.B. : Les socialistes sont rarement unis, mais, lorsqu'il s'agit de dévorer leurs alliés, ils sont tous d'accord.

G.M.: En vous attaquant aux socialistes, ne craignez-vous pas de reproduire à gauche les querellés qui, à droite, empoisonnent vos adversaires?

J.-M.B.: Il n'y a aucun rapport. Toubon veut piquer la place de Tiberi, je ne veux pas piquer la place de Jospin !

G.M.: On va bientôt vous voir écrire sur les murs de l'Assemblée: « Le PS m'a tuer... »

J-M.B. : «Le PS m'a voler» serait plus exact.

G.M.: Qu'est-ce que les socialistes vous ont barboté?

J.-M.B.: Ils nous ont pillé nos idées. Nous pourrions en concevoir une certaine fierté, mais, comme ils « oublient » de signaler que ces idées sont les nôtres, il n'est pas étonnant que nous ayons du mal à nous faire identifier...

G.M.: Vous n'êtes pas prêt à voter contre le gouvernement!

J.-M.B.: Mais si. Je suis prêt à voter contre plusieurs textes qui vont venir en discussion ces jours-ci et avec lesquels il se trouve que nous sommes en désaccord.

G.M.: Les derniers chiffres du chômage sont meilleurs, n'est-ce pas l'essentiel?

J.-M.B.: C'est l'essentiel. Mais pourquoi ne pas attribuer à chacun ses mérites ? Qui sait que les centaines de milliers d'emplois-jeunes qui ne sont ni dans le privé ni dans le public figuraient en toutes lettres dans le programme des radicaux? Un autre exemple. Le Parti radical de gauche dépose un texte pour modifier le mode d'élection des sénateurs. Le groupe socialiste en dépose un autre, identique. Résultat: c'est le nôtre dont on refuse l'inscription.

G.M.: A Lyon, grève de la faim tragique contre la double peine. Votre différence avec les socialistes concerne aussi les immigrés?

J.-M.B.: Nous aurions en effet aimé que l'on abroge les lois Pasqua et que les textes soient plus généreux envers les immigrés.

G.M.: Comment jugez-vous l'actuelle réforme de la justice?

J.-M.B.: Nous sommes contre l'indépendance des parquets. Nous sommes en désaccord avec Elisabeth Guigou sur la détention provisoire, véritable torture des Temps modernes. Nous voulons limiter de la manière la plus rigoureuse les conditions de mise en détention provisoire d'un citoyen par les juges.

G.M.: Et vous voulez aussi limiter... le cumul des mandats?

J.-M.B.: Il faut que les élus restent au contact du peuple. Or, une fois à Paris, ils en seront coupés, et on aura créé deux catégories d'élus : la piétaille, qui restera dans les régions, et les énarques, qui gouverneront d'en haut.

G.M.: Bref, vous êtes pour le cumul.

J.-M.B.: Je ne suis pas pour une limitation draconienne. Il faut admettre un double mandat, local et national.

G.M.: Les radicaux de gauche sont conservateurs.

J.-M.B.: Pas du tout! Ce que nous ne voulons pas, c'est des réformettes : on fait un texte sur le cumul des mandats, un autre sur le mode de scrutin régional, un troisième sur les indemnités des élus. Nous, nous sommes pour une vaste réforme institutionnelle, pour changer de République. Mettons le droit en accord avec les faits puisque, de fait, nous vivons en régime présidentiel.

G.M.: Midi-Pyrénées, votre Région, a basculé à gauche. Languedoc-Roussillon est dirigé par Jacques Blanc, l'allié du Front national. Y a-t-il des problèmes de voisinage?

J.-M.B.: Il y en a, et de très sérieux, au niveau de la coopération non seulement interrégionale mais même transfrontalière, avec la Catalogne et Andorre, puisqu'il existe des structures dans lesquelles nous nous retrouvions et qui sont aujourd'hui paralysées.

G.M.: Avez-vous des nouvelles de Bernard Tapie?

J.-M.B.: Il me téléphone tous les trois ou quatre mois, et je le vois à titre personnel.

G.M.: Il est à jour de ses cotisations?

J.-M.B.: Les a-t-il jamais payées? En tout cas, nous ne l'avons pas exclu.

Propos recueillis par G.M.