couv de mazade

format A5, 230 pages, 15 euros, ISBN 978-2-37451-011-8

Le livre contient une biographie de Charles de Mazade mais surtout plusieurs textes de lui dont les textes sur Jasmin.

Ce livre sera présenté à Castelsarrasin dans le cadre des conférences de l'ASPC en mars 2017

 Mary-Lafon est né à Lafrançaise (82) en 1810.

De Mazade est né à Castelsarrasin (82) en 1820.

Les deux hommes avaient tout pour être les meilleurs amis du monde pour cause d’une passion commune pour l’Europe latine.

Si j’avais à suggérer des thèmes de thèse littéraire, je proposerais une étude comparée de l’Histoire d’Espagne par Mary-Lafon, et de l’Histoire d’Espagne par De Mazade !

 Il y a 30 ans j’ai étudié le cas de Mary-Lafon et il m’est arrivé de croiser Charles de Mazade qui dans une revue parisienne, avait fait l’éloge de Jasmin, dont Mary-Lafon était le détracteur en chef !

Puis en étudiant le cas des élections municipales à Castelsarrasin en 1790 j’ai alors découvert que celui que je prenais pour un Parisien était d’une famille fortement implanté dans la ville.

Voilà comment j’en suis arrivé à creuser le cas de ce géant de la pensée seulement évoqué par Marcel Maurières dans le livre 800 auteurs à partir de sources venues du Gers. Un géant de la pensée qui sans usage de la moindre intrigue est devenu président de l’Académie française.

J’ai alors compris, il y a seulement quelques jours, pourquoi, en lisant, en 1846, sur la Revue des deux Mondes, le premier article de Charles de Mazade concernant Jasmin, Mary-Lafon a dû piquer une colère mémorable.

Il a aussitôt compris les suites pour lui terrifiantes de l’article :

-Jasmin allait pouvoir symboliser un usage de la langue d’oc au service des puissants

-Des républicains, s’appuyant sur cette notoriété, pouvant en tirer comme leçon définitive que la république passe obligatoirement par le français.

L’enjeu n’est pas la qualité de l’œuvre de Jasmin, la langue de Jasmin mais la fonction de l’occitan.

Que Jasmin soit un modéré ne pouvait pas heurter Mary-Lafon qui l’était dans l’univers républicain.

Que Jasmin devienne une référence car la Revue des deux Mondes était une référence, c’était la garantie que ceux qui usaient la langue d’oc non pour conforter les amis de l’ordre, mais les amis de la République, allaient être doublement effacés de l’histoire !

Effacés pour les promoteurs d’une langue d’oc bien sage.

Effacés par les adversaires d’une langue d’oc trouvant dans sa promotion des raisons de rappeler que toute langue régionale est celle des pouvoirs établis.

Depuis dix ans Mary-Lafon tentaient, sous mille formes, de prouver le contraire, et ses efforts allaient être anéantis. Efforts en faveur des troubadours d’abord. Comment ne pas être en colère !

Grâce aux moyens techniques d’aujourd’hui, il est aisé de vérifier que La Revue des Deux Mondes ne fit jamais la moindre place aux travaux colossaux, divers, de Mary-Lafon.

 Pour des raisons alimentaires Mary-Lafon a été obligé de s’assagir et face à Napoléon III, il a été ni plus ni moins contestataire que Charles de Mazade. Ils ont adopté la même stratégie : voir ce qui se passait ailleurs pour ne pas heurter les susceptibilités de l’heure.

 Pour comprendre les questions que je soulève je vais faire référence à l’Italie :

Charles de Mazade était du côté de Cavour, son idole, à qui il a consacré un livre.

Mary-Lafon du côté de Mazzini le républicain.

Léon Cladel du côté de Garibaldi.

 Pour en revenir à l’occitan, il apparaît clairement à partir du face à face Mary-Lafon/De Mazade :

1-Cette langue n’a jamais été automatiquement la langue des rebelles. Castan me répondrait qu’il ne faut pas porter Jasmin plus haut qu’il n’était et que dans les faits les grands écrivains d’oc ont été inévitablement des rebelles… sauf que Mistral a tout de même obtenu le prix Nobel… et comme rebelle…

2-Trop de rebelles ont laissé aux pouvoirs établis, la dite langue d’oc, et nous avons là un des exemples du rôle majeur du Second empire dans le devenir de cette langue.

3-Faire porter à l’école publique toute la cause de la mort de la langue d’oc est une réécriture de l’histoire conforme aux vœux des tenants du Second empire. Oui, les républicains ont à tort laissé cette langue au pouvoir clérical (entre autre) mais ils ont été pris par une main qui les a conduits à cette position. Charles de Mazade est celui qui a le mieux fabriqué cette main ! On a fait grand cas de Tocqueville en oubliant le génie propre de cet autre modéré qui pendant presque 50 ans a été le pilier de la Revue des Deux Mondes. J-P Damaggio

 P.S. J’ai entendu dernièrement sur France culture que les deux Mondes de la Revue c’était celui d’avant et celui d’après la révolution. En fait c’était le vieux monde européen et le nouveau monde des Amériques. Le force de frappe des orléanistes a tenu au fait qu’ils ont admis dès 1830 que la France d’avant 1789 était bel et bien morte. Ce que les légitimistes n’admettront que beaucoup plus tard, et encore aujourd’hui….

Un des textes de de Mazade sur Jasmin : ICI