On peut tourner la question comme on veut, tout passage du PS au pouvoir entraîne une montée considérable du FN.

En 1984, les résultats des européennes révèlent l'émergence d'un mouvement qui auparavant voisinait autour de 1% (en 1981 Le Pen n'a pu être candidat car la barrière des 100 signatures d'élus de 1974 a été portée à 500), puis en 2002, surprise, le FN arrive au deuxième tour, et depuis 2012, les résultats de ce parti n'ont fait qu'augmenter jusqu'à une nouvelle hypothèse d'un FN au second tour de la présidentielle, que Marine Le Pen ne peut gagner mais qui peut lui donner une assise de 40%.

Faut-il en déduire que pour combattre le FN, il est préférable d'avoir la droite au pouvoir ?

Evitons toute pensée mécaniste.

Tout comme le lien entre la montée du FN et la chute du PCF est simpliste, le lien entre le pouvoir du PS et la montée du FN est réducteur.

La puissance du FN rend visible une évolution sociale profonde. Si le lien Gouvernement PS et montée du FN était majeur, pourquoi des partis équivalents ailleurs réussissent des percées, quelque soit les gouvernements en place ?

Mitterrand a manipulé un phénomène qu'il a vu venir, mais il n'en est pas le créateur.

De quelle évolution sociale je parle ?

Si progrès il y a eu dans les pays développés depuis 1945, c'est la classe moyenne qui en a été une des bénéficiaires les plus importantes. Depuis le tournant de 1974, nos sociétés sont entrées dans une phase de crise qui a bouleversé les repères habituels. Et par un phénomène en cascade, toute la société en a été perturbée.

La montée du FN prend beaucoup plus sa source dans la crise sociale que dans la crise politique.

Puis, quand la crise politique est telle, que même la gauche n'arrive pas à apporter des solutions démocratiques, alors le désarroi s'aggrave.

Et, pour la gauche, cette crise du politique est rendue visible par son incapacité, malgré les luttes incessantes, à mettre un terme à la puissance du FN !

 Prenons un exemple côté PCF.

Voici le propos de Patrick Le Hyaric le 17 avril 2012 :

"Il faut en même temps, faire reculer la dangereuse extrême-droite lepéniste qui fait semblant de protester contre le sort fait à nos concitoyens pour mieux cacher qu’elle sert les forces de l’argent, répand la haine et la division pour mieux protéger les banquiers. Il faut donc les battre. On doit au courage de Jean-Luc Mélenchon d’avoir affronté et démasqué cette extrême-droite haineuse et anti-républicaine."

 Voici la déclaration du CEN - 30 janvier 2017

"Le Front national cherche à profiter de cette situation en travestissant son programme sous un jour prétendument social et en se donnant une image d’intégrité alors qu'il ne cesse d'être impliqué dans « des affaires ». Cette double imposture peut être démasquée si la bataille des idées est menée dans les semaines à venir."

 Cinq ans après, le même mot revient : "démasquer", mot que J-L Mélenchon aime aussi. S'il s'agit seulement de démasquer, c'est pas compliqué, sauf que les résultats de 2012 ont été clairs : même "démasqué" le FN reste fort ! Pourquoi le combat de 2012 n'a pas incité les opposants les plus résolus au FN, à revoir la copie ?

 J'ai eu la sensation, ayant de mon côté participé avec d'autres à la lutte anti-FN, qu'en fait, l'action entreprise a été non seulement inefficace mais contre-productive.

 Le PS, comme le Parti radical d'hier, a privilégié le combat sociétal au combat social. Par exemple : assurer le droit au mariage pour tous est une belle chose mais à condition de conduire en même temps le combat pour une grande réforme fiscale. Quand un quinquennat commence par les manifestations contre le mariage pour tous, et finit par les manifestations contre la loi travail, la boucle est bouclée et le FN compte ses points.

 Pour sortir de la mécanique présente, ça ne se fera pas en un jour ni même dans les semaines à venir.

J-P Damaggio