2017 03 06 GARRIGUES - CASTAN 1

Il indique de suite qu'au titre "Félix Castan hérétique ?" proposé par Norbert Sabatié il a ajouté "homme de culture". Et pour mieux insister sur le point d'interrogation il fait référence à un propos d'André Benedetto sur lequel je reviendrai.

 Roland Garrigues a choisi d'emprunter le chemin de la biographie en s'appuyant sur le texte d'Anne Castan (absente pour cause d'accident) et sur ses lectures, et rencontres avec Félix Castan. Il a pu très souvent faire référence à ses fonctions municipales (conseiller municipal, adjoint à la culture puis maire) qui lui ont donné une vision d'un homme, qu'il a connu tout d'abord en occitaniste convaincu.

 Roland Garrigues est un admirateur de l'homme de culture qui au fil de l'exposé apparaîtra de moins en moins hérétique. Choisir contre le vœu de ses parents le métier d'instituteur à la place de celui d'ingénieur est-ce être hérétique ? Quand il y a une fracture au sein de l'IEO est-il hérétique ? Quand il accepte au Festival un spectacle de nus couverts de chocolat et qui se promène dans la ville est-il un hérétique ? Au sein du PCF est-ce un hérétique ?

 A suivre une biographie, au fil des paragraphes on découvre presque toujours un homme qui gravit les marches d'une pyramide même si Roland a évoqué les difficultés de l'homme.

 Parmi les anecdote il en est une reprise par le dessin de Rosendo sur l'espagnolade qui éclaire un point que je n'avais pas compris. Cette espagnolade est la réaction de Louis Delmas suite à la pièce de théâtre sur le siège de Montauban à laquelle j'ai participé. Sur le livre que je viens de publier sur Castan, j'ai repris à la fin les photos de la pièce où on a ce dramatique événement joué en forme de carnaval.

Louis Delmas grand ami de mon grand-père était tout aussi protestant que lui et cette pièce de théâtre qui évoquait la guerre faite aux protestants en 1621, devenait en effet une pantalonnade si elle état prise au premier degré (je reviendrai sur le sujet dans un autre article). La réplique municipale fut sanglante : subventions fortement réduites. Castan n'a pas courbé l'échine d'où en 1976 le spectacle des nus circulant dans la ville !

 Que dire du débat ?

Guy Astoul rappela le combat de Castan contre la nationalisme occitan.

Geneviève André-Acquier a témoigné des rencontres à la maison de Castan, capable de nourrir de très riches débats.

Jacme Gaudas a confirmé et évoqué la Ligne Imaginot ayant suscité des liens très forts avec Marseille.

Un paysan de mes amis a voulu pointer les contradictions de Félix.

Alain Raynal a mentionné l'homme libre qu'était Félix.

Alain Daziron a désigné du doigt le pédagogue.

Je l'ai déjà écrit : Castan c'est une galaxie.

 Je reviens à Benedetto qui a terminé une intervention à Larrazet par "Gloire à Castan !" Dès le départ Roland Garrigues a rappelé un propos de Castan se vivant en hérétique tandis que Benedetto se présentait comme un homme normal. Pour moi les liens très forts entre les deux hommes ne peuvent effacer les contradictions. D'ailleurs Benedetto reconnaît qu'il n'était pas toujours d'accord avec Castan sans jamais mentionner un point de friction. J'en mentionne un : Castan était du côté de l'écrit et Benedetto du côté de l'oral.

 Sur tous les plans, les contradictions n'étaient pas seulement entre Castan et ses opposants mais au sein même de la philosophie de Castan. Mais pour les percevoir faut-il encore sortir de la bio linéaire.

 Comme l'indiqua Alain Raynal, Castan était politiquement pour une république Une, et culturellement plurielle. Non, là ne sont pas les contradictions propre à sa philosophie car c'est pour moi, tout au contraire une définition classique de toutes les nations ! Quelle nation n'est pas politiquement Une et culturellement plurielle ? L'Espagne ? La Turquie ? L'Algérie ? L'Equateur ? Simplement en France le fait a été peut-être plus difficile à admettre dans certains milieux.

 La contradiction tient en fait à l'articulation entre histoire et actualité.

Et Castan a été le parfait symptôme de cette contradiction, incapable qu'il a été de comprendre pourquoi, comme l'évoque Benedetto, le Festival s'était à la fin, vidé de spectateurs.

 Comme indiqué il avait une grande capacité d'écoute mais toujours les propos de son interlocuteur le confortaient dans ses idées. Il se présentait comme largement ouvert au dialogue tout en étant fortement dogmatique.

 Mes propos visent-ils à rejeter le "Gloire à Castan" ? Pour moi, là n'est pas la question mais plutôt dans l'articulation de ses combats avec un monde qui a radicalement changé, sans révolution démocratique, mais au contraire suite à une révolution conservatrice. Roland Garrigues a eu juste un mot à ce sujet quand il a rappelé que pour l'occitaniste, parmi le règles d'actions culturelles, il y avait l'indépendance du festival par rapport à la municipalité, "mais que dirait-il aujourd'hui ?" Je ne suis pas sûr que tous les présents ont compris l'allusion qui aurait dû être claire : à Montauban le Festival municipal de l'été est l'antithèse de l'action de Castan. Comment en est-on arrivé là ? Voilà la question qui me hante.

J-P Damaggio