J'ai évoqué le livre de de Negroni et je découvre aujourd'hui une présentation sur l'Humanité.

A la fin de a présentation sont évoquées les "réappropriations plutôt contrastées du philosophe" pour évoquer de manière élégante les récupérations par Alain Soral qui un temps a été dans la mouv znce de Couscard. D'où ensuite le texte de Clouscard qui en son temps avait répondu à de telles réappropriations. JPD

 

Michel Clouscard au-delà de ses écrits, FLORIAN GULLI, MARDI, 21 JANVIER, 2014, L'HUMANITÉ

Avec Clouscard, de François de Negroni. Éditions Delga, 2013, 274 pages, 18 euros. L’œuvre de Michel Clouscard est aussi importante que méconnue. Il n’y a sans doute pas aujourd’hui d’auteurs français critiquant le libéralisme réellement existant, bien que peu d’entre eux aient la courtoisie de le reconnaître, qui ne lui doivent quelque chose. Il est le premier à parler de « libéralisme libertaire », le premier à en faire la théorie. Il est l’un des rares marxistes en son temps à comprendre les ressorts du nouveau marché du désir. Et pourtant, Clouscard resta sa vie durant plutôt méconnu. Les choses changent un peu aujourd’hui, notamment grâce aux Éditions Delga, qui rééditent depuis une dizaine d’années ses ouvrages.

Il s’agit cette fois du portrait d’un homme par l’un de ses amis ; « Michel hors de ses écrits », dit la préface. Le livre de François de Negroni est bienvenu, car on ne peut jamais entièrement saisir un auteur sans appréhender aussi sa vie. On comprend mieux, au fil des pages, pourquoi Clouscard, dont les travaux ont pourtant été salués en leur temps par Sartre et Jankélévitch notamment, a été marginalisé.

Sa manière d’être et son langage étaient trop profondément étrangers à l’univers intellectuel dominant des années 1970-1980. Il était voué à irriter pour des raisons personnelles autant que philosophiques ceux qui faisaient la pluie et le beau temps dans le champ médiatique. Ses convictions communistes et sa proximité avec le PCF n’arrangeaient rien et ne pouvaient que le discréditer aux yeux de la culture mondaine.

Un beau portrait de l’homme, utile à la compréhension de sa pensée et nécessaire à l’heure des réappropriations plutôt contrastées du philosophe.

 Texte de Clouscard contre Soral

Aux antipodes de ma pensée

VENDREDI, 30 MARS, 2007, L'HUMANITÉ

Sartre avec lequel j'ai eu en tout et pour tout un entretien de cinq heures était intéressé par ma démarche de travail et c'est à ce titre - fait rare - qu'il accepta d'être de mon jury de thèse. Pour autant, cela n'entraînait en aucun cas un soutien enthousiaste à ma pensée pas plus que le mien à la sienne, nos positions sur bien des aspects étant totalement divergentes.

 On est dans le même malentendu à propos d'Alain Soral quand on le présente comme le vulgarisateur et continuateur de mon oeuvre. Cette proclamation (ou autoproclamation ?) me laisse pour le moins perplexe. Je n'ai en effet jamais assigné à cette tâche Alain Soral, je ne l'ai jamais désigné comme héritier, car si je lui ai reconnu et lui reconnais certes du talent, je ne me reconnais par contre pas du tout dans l'exercice qu'il croit bon de faire à présent de ses dons pour poser un statut de penseur. Associer donc d'une manière quelconque nos deux noms s'apparente à un détournement de fonds. Il s'avère qu'Alain Soral croit bon de dériver vers l'extrême droite (campagne pour le FN). Il veut y associer ma personne, y compris en utilisant mes photos à ma totale stupéfaction. Je n'ai en aucun cas autorisé Alain Soral à se prévaloir de mon soutien dans ses menées prolepénistes. Le Pen est aux antipodes de ma pensée.