Montauban

Castan_Montauban

Le colloque sur Félix Castan va débuter par le propos de Roland Garrigues, ancien maire de Montauban. Ensuite il y aura la conférence sur le lien Castan-Perbosc qui va nous d'envoyer encore à Montauban. Belle occasion pour confirmer que le lien Castan-Montauban a toujours été très puissant. Un numéro spécial de la revue Autrement (1993) avait titré : Montauban, solaire et mesurée.

Le texte de Félix Castan sur cette revue (reprise en lien au début de l'article) est une réponse éclatante à ceux qui pensent qu’il ne se passe rien culturellement dans les petites villes de province. Son tableau parfaitement documenté, et présenté de belle manière, en donnant toute sa force aux personnages évoqués, est un modèle du genre.

La géographie de Montauban

Voyons un rapport non évoqué : Montauban et le Tarn-et-Garonne.

Suivant la structure rappelée : « Du moindre village à la capitale de la France, une typologie des communes (villages /villes / capitales) obéissant à deux déterminations, l'une politique (municipalité), l'autre pédagogique (école), fournit une base à l'animation culturelle dont tous les individus ont besoin, génération après génération. », le rapport au département est écarté.

Or plusieurs des personnages évoqués sont beaucoup plus des personnages départementaux que montalbanais. Tout d’abord le cas de Frédéric Cayrou qui n’est à Montauban qu’accidentellement. Né à Castelsarrasin, mort à Montpezat de Quercy, il est d’abord ancré dans la sous-préfecture où son père a été maire après une carrière d’instituteur.

Quant à Pierre Bayrou, né et mort à Saint-Antonin, il n’a été montalbanais que par accident, en tant que professeur à l’Ecole Normale. A-t-il écrit sur Montauban ?

Je pourrais dire la même chose d’Albert Cavaillé même s’il a été adjoint au maire, conseiller général de Montauban. Sa passion dormait sur le Causse à Saint Projet, ou dans la vallée de l’Aveyron.

Vallée de l’Aveyron où Marcel Lenoir a trouvé son bonheur à Montricoux beaucoup plus qu’à Montauban.

Mais comment ne pas reconnaître qu’en tant que chef-lieu de département, Montauban est le creuset fédérateur de cette activité intellectuelle locale ?

En fait une autre question se pose dans la géographie castanienne : le rapport entre l’urbain et le rural. Quand il dit Montauban, il parle de la partie agglomérée autour de sa merveilleuse Place nationale. Or Montauban est un des communes les plus grandes de France (plus grande que Paris) et se caractérise par un rapport propre entre part rurale et part urbaine, dont les marchés des samedis et mercredis sont encore aujourd’hui le plus beau témoin avec une zone clairement désignée comme étant celle des producteurs.

On peut même pousser le bouchon plus loin : pour beaucoup Montauban c’est seulement la ville haute ! La ville basse, populaire avec sa gare fait l’objet de peu d’attention.

En bref, je partage la recherche sur les identités communales qu’il ne faut pas confondre avec les identités villageoises ou de villes.

 L’histoire

Pour Félix Castan, Montauban existe entre destin et vocation. Tout le texte démontre en de multiples circonstances cette obsession de Castan : le destin. Celui de la ville, celui des artistes. Et il n’existe de destin que par la réalisation d’une vocation. Par exemple : « Montauban a entériné sa vocation baroque» en lien «avec l'importance du destin baroque de Toulouse». Il y aurait la «continuité de la vocation plasticienne». Ou encore : «Montauban est en partie gouverné par le destin de sa capitale toulousaine» et «La ville de Montauban a-t-elle encore un destin ?

 Ni le destin, ni la vocation, ne sont dans mon vocabulaire. J’ai souvent entendu parler de la vocation agricole du Tarn-et-Garonne (et la commune de Montauban est la commune la plus agricole !). Seul existe le travail des hommes. Dans des montagnes françaises c’est le désert, là où, en Italie, les cultures sont nombreuses, car il existe là-bas une classe de paysans capables de vivre sur des pentes raides. Avignon n’était pas destinée à devenir un haut-lieu du théâtre. Seule l’action de Jean Vilar puis d’autres a créé ce phénomène.

Est-ce à dire que sans destin chacun commune n’aurait pas son identité propre ? Pas du tout. La réalité des identités communales n’est pas une illusion et pour Montauban je considère que cette identité tient aux chocs politiques originaux qui l’ont toujours traversé. Le 10 mai 1790 c’est une révolte populaire qui vole au secours des autorités aristocratiques créant ainsi un événement national. Quoi, le peuple pourrait être aveugle à ses intérêts au point de soutenir l’Ancien régime ? Oui, c’est ce qui s’est passé avec des morts à la clef du côté des forces révolutionnaires ! Montauban est la ville qui entretient un rapport tendu entre révolution et contre-révolution. Pour être expéditif, je vais dire que Montauban en 1945 est à la fois la ville d’Antonin Perbosc et de René Bousquet. J-P Damaggio