Michel Augeard

Un jour François de Guiringaud a lu le passage suivant de ce livre de Michel Augeard ce qui l'a conduit à en écrire un autre dont nous reparlerons. Mercredi à 18 h François de Guiringaud invité par l'ASPC à Castelsarrasin nous révèle tout de la question. J-P Damaggio

Extrait du livre de Michel Augeard

«L’ambassadeur de France en Turquie, René Massigli, essaie de rejoindre Londres. Unr prime très importante sera offerte à la personne qui le dénoncera. » Ce genre d’avis est chose courante dans la presse collaborationnisme. Elle est en tout cas bien informée en cet automne 1942. De Gaulle souhaite en effet, vivement que le diplomate le rejoigne. Et il le lui a fait savoir. En juin, Pierre Brossolette l’a contacté pour lui confirmer le vœu du général. L’ambassadeur est tenté mais, prudence diplomatique oblige, veut s’entourer de toutes les garanties possibles. Il sait, entre autres, que les relations entre le Général de Gaulle et les Alliés sont au plus bas, et il se voit mal débarquer en Angleterre pour se mettre au service d’un chef mis hors circuit. Profitant de ses contacts en Suisse, il écrit alors à Anthony Eden, le ministre britannique des Affaires étrangères. L’homme sert souvent de tampon entre l’intransigeance du Général et les colères de Churchill à son égard. «Venez on pourra travailler », répond-il à Massigli. Comme si ce feu vert ne le rassurait pas tout à fait, l’Ambassadeur se rend à Vichy, où il informe le chargé d’affaire américain de la proposition de de Gaulle. Il consulte aussi l’ancien président du Conseil Edouard Herriot, qui lui recommande d’accepter. L’opération Melpomène, décidée par le BCRA, va pouvoir commencer. Prendre pour nom de code la muse de la tragédie n’était pas faire preuve d’un bel optimisme.

Le départ est prévu pour le 8 novembre, à la pointe de l’Esquillon, près de Théoule. D’autres passagers seront du voyage, dont un autre diplomate, de Guiringaud. Le message annonçant l’appareillage du bateau de Gibraltar passe comme convenu à la BBC : Melpomène sur le gazon vert. Puis celui indiquant que le navire approche : Melpomène se parfume à l’aubépine. Pour connaître la date d’arrivée, il suffisait d’ajouter 7 au rang de la première lettre de la fleur mentionnée. Mais le 8, pas de bateau ! Les mauvais conditions atmosphériques ajoutées à d’autres contretemps et malentendus, vont aboutir à une invraisemblable série de reports qui imposent le changement quotidien du nom de la fleur dont le range de la première lettre sert toujours de base. D’aubépine à zinnia, en passant par héliotrope, aucun parfum ne permettra pourtant à Melpomène de partir dans les deux derniers mois de 1942. Même après avoir tenté de repartie de zéro avec le message Melpomène est morte et revient au jour de sa naissance. L’aubépine ne lui portera pas plus chance que la première fois. Patron du BCRA, le colonel Passy soutiendra que le bateau s’est présenté à trois reprises au rendez-vous. Mais le capitaine affirma qu’il n’avait pas aperçu les signaux lancés de la côte. Et la dernière fois, de retour à Gibraltar, il raconta qu’il avait fait machine arrière, ayant vu des phares et entendu des rafales de mitraillettes. On apprendra qu’il s’agissait en fait d’une division italienne roulant tous feux allumés et dont les camions étaient obligés de changer souvent et bruyamment de vitesse sur la route sinueuse et étroite de la Corniche d’Or longeant l’Estérel.