valence 1937

Dans son œuvre poétique complète Aragon indique que ce compte-rendu est de lui.

En prévision des 80 ans de cet événement crucial dans l'histoire intellectuelle du monde, je me propose de rassembler dans une publication tous les documents qui s'y rapportent sans commentaires, sauf élements de mises en perspectives. Toute aide sera bienvenue. J-P Damaggio

 

Commune /

Revue de l'Association des écrivains et des artistes révolutionnaires (juillet-août 1937)

 LA SIGNIFICATION  DU IIe CONGRES DES ÉCRIVAINS

  Le deuxième congrès international des écrivains s’est tenu du 4 au 8 juillet 1937, 16 et 17 juillet à Madrid et Valence, et les 16 et 17 juillet à Paris.

L'importance de ce congrès réside tout d’abord dans le fait que pour la première fois un grand congrès réunissait les écrivains délégués, par vingt-huit pays s’est tenu non seulement dans un pays en guerre, mais dans la capitale assiégée de ce pays, au cœur même de la lutte antifasciste. Le fait même que des hommes comme Andersen, Nexö, ou Julien Benda sont venus témoigner à Madrid dans le procès que poursuit le peuple espagnol les armes à la main, l'apparition et à ce congrès des chefs de la République en armes, le président Négrin ou Alvarez del Vayo, des combattants eux-mêmes qui venaient de s’emparer de Brunete, et des écrivains comme Ludwig Renn ou André Malraux qui ont pris part à la lutte militaire, ce sont là autant de signes du fait que l’écrivain soviétique Michel Koltsov a résumé dans une formule saisissante, en disant que la culture a cessé de se défendre, elle a passé à l’offensive.

 

Mais la composition et le contenu de ce congrès imposent encore d’autres réflexions. Tout d’abord le congrès en se tenant en Espagne dans les conditions de la guerre aura été l’éclatante affirmation de la grandeur et de la vitalité de la culture espagnole et de sa vivante avant-garde l’Allianza de los Intellectuales Antifascistas, avec à leur tête les grandes personnalités d’Antonio Machado, de José Bergamin et de Rafael Alberti, les écrivains espagnols ont démontré à la face du monde que le mot d’ordre de défense de la culture n’était pas une vaine abstraction, et sauveteurs des merveilles de l’art espagnol, combattant contre la rébellion et la guerre étrangère, ils ont fait naître les prémisses de la nouvelle Espagne dans leur poésie héritière des anciens Romanceros, dans leur prose ensanglantée par les Désastres de la Guerre » mais où rayonne l’éternelle noblesse du peuple espagnol.

Avec pour élément central, cette vaillante phalange et la grande lueur de la liberté en danger, le congrès devait être un aimant puissant pour les forces encore désunies dans le monde, et principalement dans les pays de langue espagnole qui n'avaient point été représentées au congrès de Paris en en 1935.

De là, les importantes délégations de l’Amérique latine, qui, comme devait le dire Pablo Neruda, grand poète chilien, constituèrent un congrès dans le congrès. L'importance de ce contact sans précédent qui détruit un monde de préjugés entre Espagnols et Sud-Américains ne saurait échapper. Il est le prélude aussi d’une découverte nouvelle de cette littérature d'un continent immense, aussi inconnue de l'Europe contemporaine que celle des anciens Incas.

On n'a pas été sans noter également dans une certaine presse, l'importance de la représentation à ce congrès, et notamment aux séances de Paris, des écrivains de couleur. Ce qui est raison de dédain et d’injures de la part de ceux qui ne trouvent bon l'appel aux Marocains ou Sénégalais que pour tirer sur des Espagnols ou des Français, peut être considéré par les esprits éclairés comme l’un des grands succès du deuxième congrès.

Que René Maran, prix Goncourt, se soit retrouvé là avec des hommes comme Langston Hughes, l’un des meilleurs poètes des Etats Unis, l’extraordinaire poète cubain Nicolas Guillen, le jeune écrivain de langue française, Jacques Roumain, à peine sorti des prisons de Haïti, le poète guyanais Damas, ce sont là les symptômes de la libération progressive à travers les pays les plus divers de masses énormes d'hommes que les tenants, du racisme voudraient maintenir en esclavage, et la manifestation de leurs triomphes intellectuels qui sont une part de la lutte antifasciste.

Disons aussi qu’à la même tribune où siégeait à Paris René Maran, on vit un Marocain et un Algérien apportant le salut du grand savant musulman Abdel Hamid Ben Baddis, et que c'est là aussi une anticipation des liens nouveaux qui s'établissent, au-dessus des rapports de métropole à colonies, entre La France de l'esprit et les intellectuels des pays d'Afrique, reconnaissant leur cause commune dans la défense de la culture et de la liberté.

Il ne faut pas oublier la présence à ce congrès des représentants des peuples actuellement opprimés par le fascisme. On peut dire que toute la littérature allemande était représentée à ce congrès de Heinrich Mann à Gustav Régler, blessé en Espagne. Le fait que Thomas Mann et Léon Feuchtwanger sont entrés dans les organes dirigeants le l'Association souligne encore ce fait. L’Italie aussi vient renforcer ce rassemblement des écrivains les plus significatifs du monde entier avec Guglielmo Ferrero et le comte Sforza.

Les écrivains de langue anglaise de Hemingway à William Forster, de Rosamund Lehman à Fanny Hurst qui assistait aux séances parisiennes donnent à cette association une importance et un poids avec lesquels il faudra compter.

Nous ne reproduisons ici qu'une partie des  discours prononcés, dans le but de donner un tableau aussi général que possible du congrès et des forces groupées par l'Association internationale des écrivains. Commune a publié dans son numéro précédent le discours d'Aragon, la résolution terminale du congrès. On trouvera dans Europe de ce mois le discours de conclusion prononcé à Paris par J.-R. Bloch. Ce Soir a publié dans son numéro du 13 juillet l’intervention de José Bergamin relative aux écrits antisoviétiques d’André Gide, que nous ne reproduisons pas ici, mais dont il convient de souligner la haute signification : ce geste du grand écrivain catholique espagnol a marqué l’unité du front de la culture, indivisible comme la paix. Sa section soviétique avec Alexis Tolstoï ; Alexandre Fadéev, Michel Koltsov, Stavski, Ilya Ehrenbourg ne pouvait ne pas être à l'honneur à Madrid, capitale de la solidarité internationale.

Il faut particulièrement se féliciter du resserrement des liens entre les écrivains français qui suit les journées de Paris de ce congrès, où l’émouvant rapport d’André Chamson a été écouté par tous les écrivains de notre pays, comme un examen de conscience de l’intelligence française. A l'heure actuelle, quand une rare poignée d’écrivains a choisi la route du fascisme et de ses gangsters doriotistes ou laroquards, tout ce qui représente dignement le pays de Descartes, de Molière, de Voltaire, de Diderot, de Hugo et de Zola, peut trouver autour de la haute figure de Romain Rolland dans l'Association des écrivains pour la défense de la culture, le centre de ralliement des traditions et de l’invention françaises, le bastion de la culture et de la liberté.

 

Extraits publiés

Valence : Andersen Nexo (Danemark), José Bergamin (Espagne), Malcolm Cowley (USA), Mikhail Koltsov (URSS), Dr. J. Brouwer (Hollande), Tristan Tzara (France).

 

Madrid : Nordahl Grieg (Norvège), Stephen Spender (Angleterre), Jean Cassou (France), Ludwig Renn (Allemagne), Willy Bredel (Allemagne), André Malraux (France).

 

Paris: Heinrich Mann, André Chamson (Franxe), Langston Hughues (USA), icolas Guillem (Cuba), Raul Gonzales Tunon (Argentine), Ambroglio Fonini (Italie), Julien Benda (France), Bert Brecht (Allemagne), Paul Vaillant-Couturier (France), Mme Karin Michaelis (Danemark), Carlos Pellicer (Mexique), Claude Aveline (France), Ramon Sender (Espagne)