Suite au film La Sociale projeté à Beaumont à la demande de la France insoumise, je vais retenir quatre points du débat :

-         Le compromis Sécu/mutuelle

Le film rappelle que les résistances en 1945 sont aussi venus de défenseurs des assurances sociales qui dans leurs secteurs (église, corporatisme etc.) avaient déjà mis en place des sociétés de secours mutuels.

Le film ne dit pas que cette résistance s’est conclue par un compromis avec certaines mutuelles. Je n’ai pris conscience de ce fait qu’un jour au début des années 1980 quand un militant CGT-PTT m’a expliqué qu’au départ il a seulement cotisé à la Sécu car les dirigeants syndicaux lui avaient expliqué que le compromis avec les mutuelles était temporaire et que le rapport de forces allait rapidement permettre de changer la situation. Le jour où il a eu un gros problème de santé, il a beaucoup regretté de ne pas avoir cotisé à la mutuelle… Pour ma part, avec le premier salaire d’instit j’ai cotisé à la Sécu et je ne me souviens même pas avoir adhéré à la MGEN tellement c’était automatique.

La question a été soulevée quand Ivan Jacquemard a été conduit à présenter le programme de la France Insoumise qui, comme première mesure, propose d’avoir une Sécu à 100%, ce qui détruit la fonction des mutuelles qui seraient, avec leur personnel, intégrées dans la Sécu. Une proposition d’autant plus justifiée que depuis les Mutuelles, sous l’effet de directives européennes ne sont plus des mutuelles mais des assurances répondant aux principes libéraux des assurances (je n’entre pas dans le détail). Mais alors a fait observer un participant les résistances vont être colossales ? Il pensait aux résistances du patronat mais que dire des résistances des mutuelles ?

 -         Les effets pervers de la Sécu

Une personne a repris du film, une séquence où une dame dans l’hôpital rappelle l’écart de prix entre la fabrication d’un médicament et la facture quand on l’achète. Ces médicaments ne seront pas au même prix suivant les pays et en France comme c’est la Sécu qui paie, le tarif est au maximum. Ce point a parfois alimenté une critique de gauche de la Sécu : comme c’est presque gratuit, il y a du gaspillage. Sauf que ce gaspillage n’est pas perdu pour tout le monde et en particulier pour l’industrie pharmaceutique. J’ai alors indiqué qu’aux USA vu le manque d’assurances, les médicaments sont calculés au plus bas donc il y a 95% de génériques. Un personne a alors précisé que des génériques peuvent être plus chers que les médicaments de marque mais ajoute quelqu’un c’est parfois l’effet de la concurrence du générique. Là aussi le programme de la France insoumise apporte des solutions comme la création d’un pôle étatique de fabrication de médicaments mais la solution est plutôt a cherché, comme le suggéra un participant au début du débat, du côté du politique. Si la Sécu est « réduite » à un effet « gestion » alors les effets pervers ne peuvent que se multiplier. Il faut réinjecter du politique dans la gestion. C’est-à-dire de l’intervention citoyenne. Un ami me fera observer après le débat que la Sécu n’a eu de réalité que par un effet de la pratique française de l’Etat. Quelle différence entre une association de secours mutuel et la Sécu ? Par son assise nationale, la solidarité étant nationale elle permet mieux de répondre aux risques ! Sans développer, notons seulement que le cas Sécu nous oblige à interroger l’ensemble d’un projet politique et social. Céline Tainturier a sur ce point rappelé que la Sécu ce n’est pas seulement le point mais c’est aussi, en amont, créer les conditions pour éviter les maladies.

 -         Le rapport aux résistances

L’enthousiasme de la Libération a permis la mise au point d’un système qui depuis a reçus des coups sur la tête, qui a été défendu mais qui souffre beaucoup. Les dirigeants syndicaux ont été interrogés dans le film sur une certaine faiblesse de la riposte face à la mise en cause des acquis. Le responsable de la CGT devant une affiche du Che, a reconnu sans langue de bois qu’il y a une difficulté. Pour relancer la mobilisation il faudrait peut-être oser passer d’une « défense » à une « construction ». Défendre une Sécu mal en point paraît peu enthousiasmant. Reconstruire une Sécu nouvelle c’est autre chose et le projet de la France insoumise, par son audace apparaît comme mobilisateur mais une mobilisation capable d’aller jusqu’où ?

 -         Le lien avec Beaumont

Le débat avait lieu à Beaumont où les questions de santé pouvaient être abordées par deux éléments locaux concrets. Un merveilleux centre de rééducation après les opérations du cœur et le projet d’une maison de santé. Comme rien n’a été dit sur ces questions le lien n’a pas pu être réalisé entre le local et le global. La présidentielle focalise sur le global quand bien souvent les luttes focalisent sur le local. On veut défendre son hôpital, son médecin etc. et on retombe dans les luttes locales d’hier qui avaient permis la création de telle ou telle société de secours mutuel. Or, la création de la Sécu apporte une leçon claire : il est vital de sortir du local pour mobiliser le peuple d’un pays ! En conséquence, comment faire en sorte de traiter une question locale comme élément d’un projet global ? Par l’injection de politique. Nous avons vu en Tarn-et-Garonne une lutte colossale du personnel d’une clinique. Puis des mois après la même chose se répète à Tarbes ! Comment faire en sorte d’éviter cet autre type de «gaspillage» qu’est l’émiettement des luttes ?

J-P Damaggio

Les propositions France insoumise pour la santé