couv delga

Le débat sur la LGV a été relancé par une déclaration de Guillaume Pépy annonçant que pour le moment il fallait arrêter toute construction de LGV. Carole Delga a aussitôt dit sa colère (avec d’autres, mais je vais en parler plus loin) car elle veut TOUT : la LGV, l’Intercité, le TER, le Fret. Or, sa fonction c’est de gérer un budget et elle sait qu’un budget ce sont des priorités (d’ailleurs elle le répète souvent) donc elle ne peut pas TOUT. C’est une évidence : même si demain, dans une société socialiste, il y aura tant d’argent qu’on pourra Tout faire ! Car par quoi on commence ? Par construire un hôpital ou une LGV ?

Mais revenons en 2017, dans la société que nous connaissons : dire, je veux TOUT, c’est pour mieux masquer « je veux surtout la LGV » ! Le budget de la Région vient de consacrer 5,6 millions à la dite LGV mais qui le sait ? Une somme dangereuse car elle pousse au fait accompli, alors que le budget total de 10 milliards n’est pas annoncé donc on jette dans l’affaire une somme sans savoir si ensuite on pourra continuer !

Je n’ai rien contre Carole Delga, j’ai seulement étudié la mystification qu’elle présente. Mais d’où vient-elle ?

Il faut avoir assisté à un grand colloque à l’Hôtel Palladia de Toulouse pour voir comment les maîtres du BTP veulent TOUT. Si on leur demande de construire une machine à ne rien faire ils seront d’accord surtout si c’est bien payé ! Leur souci n’est pas la priorité sociale mais la priorité financière. Je les ai entendus dire : « Une LGV Toulouse-Narbonne » et les responsables de la SNCF répondre que là franchement c’est trop ! Il y a des cas où en Espagne une autoroute a été construite à côte d’une autoroute ! Ou un aéroport a été construit pour rien !

Mais des cheminots font de même sur un autre registre. Afin de défendre leur entreprise (jusque là j’en suis heureux), ils refusent de pointer des priorités. Or ils savent très bien que les grévistes sont le moins nombreux dans le TGV, ils savent très bien que les PPP signés pour construire les LGV (Perpignan-Figueres, Le Mans-Rennes, Nîmes-Montpellier, Bordeaux-Tours) conduisent à la privatisation. Ils ne veulent pas dire du mal des LGVs car ils veulent TOUT. Or, il n’y a et il n’y aura jamais de politique, sans définir des priorités ! Et pour preuve, la priorité qui depuis vingt ans casse le fret en France !

Après Delga, prenons Moudenc. Il lance une immense campagne publicitaire (et d’autres avec lui) non pas pour le développement du TER (où c’est la galère aux heures de pointe) mais pour ce qu’il appelle un TGV alors qu’il s’agit d’une LGV ! Madame Barèges fait de même. Il lui arrive d’être mieux inspiré, par exemple quand elle construit une médiathèque nouvelle ou quand, après avoir commencé à payer sa part pour le financement de la LGV, elle cesse de signer les chèques ! Car la LGV elle la veut mais sans payer comme elle s’y était engagée avec le conseil communautaire du Grande Montauban. Et d’ailleurs, les membres du Conseil communautaire ont-ils été informés que leur décision n’est plus suivie d’effets ?

Elle a donc lancé une pétition lamentable quant aux arguments et le journaliste de La Dépêche de se demander si le président du Conseil Départemental l’avait signé ? Et lui donc ? Et Jean-Michel Baylet ? Généralement sur les pétitions on peut accéder aux signataires afin de leur donner du poids tandis que là non, si bien qu’elle peut annoncer 500 signatures sans que personne puisse vérifier.

Et pour n’oublier personne j’ai assisté à une réunion du PCF sur le fret ferroviaire où j’ai encore entendu le Père Noël répéter : il faut TOUT faire ! Les trains polluent beaucoup moins que les camions (et jusque là je dis très bien) mais si on veut des plateformes adaptées pour le fret il faut des investissements colossaux. Une gare de triage part du principe que l’essentiel du transport de marchandises passe par le rail et il faut trier les wagons. Quand 85% des marchandises passent par les camions il faut des plateformes nouvelles permettant l’intermodalité entre camions/trains. Est-ce que vous avez déjà vu des camions dans une gare de triage ? Des efforts avaient été prévus sur ce point (autoroute ferroviaire Bayonne-Douai qui n’est pas une nouvelle voie mais une adaptation des voies existantes au transport de l’heure), l’EUP avait eu lieu, la DUP avait été signée, la concession avait été donnée à une filiale de la SNCF, et le gouvernement a dit : « STOP on n’a pas d’argent ! » A-t-il tenu le même langage pour une seule LGV ?

Sept ans de luttes, sept ans de réflexions, sept ans d’actions pour encore devoir répondre à des Pères noël aussi divers que variés mais tous porteurs du virus qui tue le rail et ça c’est vraiment triste.

J-P Damaggio