En ce vendredi 5 mai 2017, je quitte à Béziers un colloque sur Félix Castan. J’aime peu cette ville et Robert Ménard n’y est pour rien. La sortie vers l’autoroute n’est pas des plus simples. Les nuages sont bas et l’air sombre comme mes neurones. Rien à voir avec le colloque dont j’essaie de me remémorer les meilleurs moments.

Après le film que je me suis fait sur les Pyrénées, j’arrive à l’aire du Belvédère, cette aire de l’autoroute d’où on a une vue d’ensemble de la cité de Carcassonne.

Autant Béziers me laisse au mieux indifférent, autant la cité de Carcassonne me sidère. Pourtant les deux villes sont unies par un même drame, une même défaite, celle de la croisade contre les Albigeois. Au colloque Philippe Martel m’indique qu’il y a eu une polémique entre Bru et Henri Lefebvre sur l’analyse sociologique de la dite croisade. Et sans avoir les données en main, je donne raison à Lefebvre ! D’abord la transformation du nom : croisade contre les Albigeois en croisade contre les Cathares, c’est déplacer le côté social vers le côté religieux. Mais bon, après cet arrêt de dix minutes, sous un ciel toujours sombre, je reprends la route à 18 h 30 pour arriver chez moi à 20 h.

Cette fois je repense aux espoirs déçus, à cause d’un mot envoyé vers 1950 par Castan à Robert Lafont et mentionné par M-J Verny. Il lui indiquait qu’il était communiste et que sous peu, la France allait être communiste !

Le rêve n’était pas farfelu vu la puissance électorale de ce parti, sa forte organisation, son soutien venant de l’URSS alors au faite de sa gloire.

A-t-il été déçu par le tour pris par l’histoire ? On ne le saura pas.

Toute l’histoire est marquée par de tels phénomènes. En 1849 des milliers de démocrates sociaux étaient persuadés qu’en mars 1852, la Sociale allait changer enfin la France pour la rendre plus belle, plus juste, plus démocratique. Le prince président est venu mettre un terme à ce rêve. Pour La Commune, la période fut si brève, si intense que ses membres n’ont pas dû pouvoir se projeter vers «le futur désirable». Par contre, pour Jaurès, il n’y avait aucun doute une ère de paix, de solidarité, de justice sociale était à portée de main, mais la guerre est venue mettre un terme à ce rêve. Il est revenu au premier plan en 1920 quand, des millions de Français, pour la première fois, on cru que le communisme était à leur porte. Je pense bien sûr à Renaud Jean qui y croyait ferme : les grèves immenses, le dégoût de la guerre, la faillite des classes dominantes mais, en 1920 comme en juin 1968, la peur du communisme a conduit au pouvoir une droite jamais aussi forte.

Un rêve revenu en 1936 ? Je crains que non car ils étaient déjà nombreux les lucides qui savaient qu’en guise de communisme, une nouvelle guerre allait instaurer partout la barbarie.

Par contre la Libération ! Là on retrouve l’espoir de Castan. 1956 a mis un terme à ce rêve. Une année suivie par 1958 et la reprise en main du pays par de Gaulle.

Au moment du repas, au colloque, Henri Terral indiqua que de Gaulle comprenait parfaitement l’occitan et qu’il le parlait peut-être un peu.

Il y a eu 1981 et l’espoir vite déçu quand Georges Marchais avait fait sa campagne avec son livre : « L’espoir au présent ».

 En quoi les espoirs sont-ils une force ou une faiblesse du mouvement démocratique ? Je l’ai déjà écrit : notre seule force positive aujourd’hui s’appelle le désespoir ! L’espoir endort la lucidité ! Il est dans cette formule anonyme bien connue qui m’a toujours fait sourire : "Les seules batailles perdues sont celles qu'on ne livre pas ?" Combien de batailles livrées ont été perdues d’avance ?

Peut-être cette liste pourrait éclairer l'efficacité de la lutte sociale. J-P Damaggio