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En 2012 à la primaire de la gauche J-M Baylet s’était distingué en proposant la légalisation du cannabis. Cet objectif a été repris par d’autres en 2017 dont Benoît Hamon et France insoumise. Cette question n’a pas fait l’objet de grands débats alors qu’elle est très importante.

Je l’évoque ici sous plusieurs angles et le premier pour rappeler que Mélenchon ne peut pas être une religion, qu’on peut donc voter France insoumise sans être d’accord avec tout le programme. Et à l’évoquer on découvre que de ce point, on en arrive à beaucoup d’autres. Par exemple à celui consistant à dire : « mais si tu critiques l’avenir en commun, tu vas aider ses adversaires ! ». Or dans ma philosophie c’est exactement le contraire. A étudier une vraie question, on fait avancer le débat politique réel et c’est bon pour tout le monde.

 Le sociétal et le social ?

Nous sommes donc face à la proposition 69, reprise en entier à la fin de l’article. Le programme aligne ainsi des propositions simples et claires qui font penser aux célèbres 110 propositions de Mitterrand en 1981 (là c’est 83).

Mais nulle part il n’est question du calendrier. Or, bien souvent si des promesses ne sont pas tenues c’est par manque de temps et non par manque de volonté. Je soutiens la France insoumise car je pense que les questions sociales passeront avant la légalisation du cannabis.

 Le cannabis et le sanitaire

Le constat est là : la « guerre contre la drogue » est un échec sanitaire. Et la guerre contre l’alcoolisme, le tabac ? Et la réponse est connue : pourquoi ne pas légaliser le cannabis vu les dégâts sanitaires causés par l’alcool et le tabac ? Or, que ces deux produits soient en vente libre n’a pas réglé la question ! Non je ne suis pas pour des politiques de prohibition de l’alcool ou du tabac mais laisser croire que la légalisation peut réduire le danger sanitaire me semble erroné.

 Le cannabis et le sécuritaire

C’est l’autre constat : l’interdiction n’a conduit nulle part. Mais l’autorisation n’aura pas meilleur effet car les mafias savent se recycler en permanence. Le débat par rapport à l’interdit est un débat global que Mai 68 avait réglé d’une formule : « il est interdit d’interdire ». A quoi sert d’interdire le viol, la conduite avec un taux d’alcool trop élevé dans le sang etc. ? Les interdits sont possibles s’ils sont socialement acceptés. Vouloir légaliser le cannabis c’est constater que cet interdit a perdu du consensus mais qu’on ne vienne pas me dire que la répression est sans solution ou alors il faut interdire les radars sur les routes !

 Et la lutte contre les addictions

Et là on tombe sur la dernière mesure : « Affecter les recettes des taxes sur le cannabis à des programmes de lutte contre les addictions et à une politique de prévention et d'aide à la désintoxication. » N’y a-t-il pas un paradoxe : si vous fumez du cannabis vous apportez de l’argent dans les caisses de l’Etat pour lutter contre les addictions ! Comme pour le tabac ! Fumer devient presque un acte "généreux" ! 

Aujourd’hui, l’aide à la prévention et à la désintoxication est faible par manque de moyens ? On pourrait plutôt dire : les économies réalisées par l’absence de répression serviront à la prévention et à la désintoxication. Quant aux taxes, elles pourraient entrer directement dans le budget de la sécu !

 Conclusion

Je n’ai pas une opinion arrêtée sur le sujet sauf celle-ci : il mérite un débat approfondi, un débat politique, sanitaire et social. Un débat que le programme « l’avenir en commun » permet grâce à sa clarté qui loin des bavardages classiques, pose les questions de fond. Mais les commentateurs politiques réduisent toujours la politique à des mesquineries, des égos, des coups bas, des abus et j’en passe. J-P Damaggio

 

Programme l’avenir en commun :

« 69. Changer de logique en matière d'addiction et de drogues

La politique française en matière de drogues se résume trop souvent à la répression, et la «guerre contre la drogue» est un échec à la fois sanitaire et de sécurité. Il y a si peu de réflexion sur les consommations de psychotropes, si peu d'efforts faits pour aider les personnes à sortir de ces consommations. L'heure est venue de changer de stratégie pour lutter plus efficacement et plus humainement contre les addictions.

Nous proposons de réaliser les mesures suivantes:

•              Établir un diagnostic global des consommations, intégrant les anxiolytiques prescrits médicalement et viser une politique de réduction des risques, plutôt que de répression des consommateurs, s'attaquant à la variété des causes des addictions

•              Légaliser et encadrer la consommation, la production et la vente de cannabis dans des conditions permettant de lutter contre l'addiction par le contrôle de la qualité des produits et des quantités écoulées: production et vente encadrées par l'État (entreprises publiques ou système de licences délivrées par l'administration), taxation, inter¬diction de la vente d'alcool et de cannabis dans un même lieu, interdiction effective de la vente aux mineurs

•              Affecter les recettes des taxes sur le cannabis à des programmes de lutte contre les addictions et à une politique de prévention et d'aide à la désintoxication. »