Aujourd’hui les professions de foi sont arrivées. Dans ma circonscription les 14 y sont. Elles rappellent qu’à la présidentielle il faut 500 signatures pour être candidat, mais qu’aux législatives n’importe qui peut l’être avec une trésorerie pouvant aller de 3000 à 5000 euros minimum.

De ce fait je découvre trois candidats « écologistes » avec toujours Waechter et Governatori en plus d’EELV. Division qui n’a pas fait l’objet de discussions.

Je découvre que la photo de Jean-Marie le Pen est mise à contribution, non pour le candidat FN, mais pour le candidat du parti des Patriotes.

Autant de faits minuscules par rapport à l’essentiel découvert en 1981 : les législatives à la suite d’une présidentielle c’est la prime au gagnant de la présidentielle. Dès cette époque beaucoup ont douté de cet effet car une part de l’électorat Chirac avait voté Mitterrand au second tour et reviendrait ensuite vers la droite, mais les résultats furent nets (40 députés PCF en moins !).

Pour Macron, je l’avoue, j’ai pensé que le phénomène serait moins marqué, mais c’était sans compter sur le battage médiatique, avec l’état de fait – il est le président –, avec son astuce toujours à l’œuvre dans la constitution de son gouvernement. Nicolas Hulot personnalité la plus aimée des Français est dans l’équipe : on peut penser qu’il n’y restera pas mais il y est pour le moment. Pour éviter d’être agent électoral il aurait pu demander à n’entrer au gouvernement qu’après les législatives, car il y a toujours un remaniement, mais Macron aurait-il accepté ?

A la présidentielle on élimine le sortant, hier Sarkozy, aujourd’hui le PS, puis aux législatives on ne peut aussitôt éliminer celui qui a chassé le sortant !

 En 2012 le Front de Gauche a perdu presque la moitié de ses électeurs entre la présidentielle et les législatives et j’ai posé cent fois la question – y compris sur ce blog – pour trouver une explication à ce phénomène. Aujourd’hui nous le savons mieux, cette moitié d’électrices et d’électeurs a souhaité voler au secours de celui qui avait réussi à chasser Sarkozy.

Le phénomène a été d’autant plus fort que pour Mélenchon les législatives se devaient d’être la suite logique de la présidentielle. D’où la déception à l’arrivée.

 En 2017, sur ce point, Mélenchon n’a rien appris. Il a trop répété qu’il suffisait que ceux qui ont voté pour lui à la présidentielle, votent pour France insoumise aux législatives.

Il aurait dû répéter qu’au soir du second tour notre pays entrait dans une bataille politique nouvelle, et d’autant plus nouvelle qu’il s’agissait d’affronter l’union sacrée. Que certes le programme l’avenir en commun restait le même, mais que la stratégie ne pouvait être la même ! Je ne dis pas qu’il fallait en déduire une série de combinaisons nouvelles entre EELV, PS style Hamon, PCF dans toutes ses variantes, tractations de toute façon impossibles sauf, comme France insoumise l’a tenté sur une vingtaine de circonscriptions, mais qu’il fallait faire comprendre que chaque électeur, redevenant libre de son vote, il fallait mobiliser le pays sur un axe nouveau, la construction d’une alternative à Macron, donc la nécessité d’avoir plus de voix que le FN.

Le thème, France insoumise peut obtenir la majorité des députés, était de fait contre-productif, même si je sais que dans une bataille il faut toujours viser le plus haut possible. Mais comment un mouvement qui a eu 19% à la présidentielle peut-il ensuite rêver d’une majorité à l’Assemblée nationale ? C’est vrai, pour Macron qui n’a fait que juste un peu mieux, ça risque de devenir possible, mais sur la base déjà indiquée : il a gagné, laissons lui sa chance.

En politique, à viser trop haut, on risque ensuite d’alimenter la déception. C’est un problème que Podemos en Espagne a fortement éprouvé. Jusqu’à changer de stratégie aux législatives suivantes mais sans améliorer ses résultats. Toute bataille, vu les capacités intactes de l’adversaire, est toujours à mes yeux, une bataille sur le long terme. Un long terme qui en condamne certains et en fait naître d’autres. Tel est le «secret» du FN ! A suivre.

J-P Damaggio