Reconnaissons tout de suite que c’est beaucoup pour un seul homme ! Le PS étant depuis 1945 au cœur de l’édifice politique commençons par lui.

 Le PS

Depuis 1945 les dissidences socialistes ont toutes échouées et celle de la Gauche socialiste devait subir le même sort. Au sein du PS Mélenchon est devenu la bête noire en suscitant deux types de réactions : du soulagement et de l’inquiétude. Du soulagement car son combat fortement organisé autour du PRS donnait des boutons à beaucoup de membres, et de l’inquiétude car pour la première fois cette sortie du PS était coordonnée avec une alliance nouvelle.

Mélenchon a forcément étudié l’échec de Chevènement qui au départ, en 1971, était lui aussi la gauche du PS. Donc il ne voulait quitter son parti qu’à condition d’avoir une garantie : l’alliance avec le PCF. Il aurait pu en sortir en 2005 au moment du TCE, grand moment unitaire victorieux avec le NON au référendum mais la guerre totale prévisible à la présidentielle de 2007 entre les trois B, (Buffet, Bové, Besancenot) renvoyait à plus tard cette sortie.

C’est d’ailleurs l’échec des trois B en 2007 qui allait rendre plus facile la création du Front de gauche. Là on retrouve le modèle de Chevènement avec une sortie du PS au moment des Européennes. En 1994 Chevènement a cru qu’en alliant des dissidences (PS, PCF et autres) il allait lancer un Mouvement des citoyens déterminant pour l’avenir. Ce fut l’échec. En 2009, grâce à la complicité entre Buffet et Mélenchon, l’alliance PCF-Parti de Gauche va au contraire bien fonctionner surtout au profit de PCF.

Ceci étant le PS ne se trouve pas affaibli par la scission Mélenchon. Or tout comme Mitterrand a annoncé dès le début du programme commun qu’il marginaliserait le PCF, Mélenchon a annoncé que son objectif était de marginaliser le PS. François Hollande va lui faciliter la tâche de 2012 à 2016 et c’est sa politique qui va marginaliser son propre parti en offrant un tremplin à E.M. Le PS a réussi à se marginaliser lui-même. De là à mourir il y a plus qu'un pas.

 EELV

Les Verts ont toujours connu une vie politique chaotique. Ils sont vraiment nés à la présidentielle de 1988 grâce à Waechter, sur une ligne ni droite ni gauche. Malgré cette ligne, ce sont des élus communistes qui vont donner les ultimes signatures au candidat Vert pour réduire l’impact de la candidature de Pierre Juquin qui, comme toutes les dissidences communistes, va échouer dans son souhait de promouvoir un éco-socialisme.

Au départ Mélenchon comme toute la gauche sociale n’a que de faibles préoccupations écolos. C’est après les Européennes de 2009 qu’il va mettre du Vert dans le Rouge grâce à la rencontre avec la tendance de la gauche des Verts représentée par Martine Billard. Cette rencontre est rendue plus indispensable vu l’échec du premier rêve de Mélenchon : créer un parti unique entre PCF et Parti de Gauche sur le modèle Die Linke allemand.

Mélenchon, à la différence de la majorité de la classe politique, appartient à l’univers hispanique et après l’échec du modèle Die Linke, il va se tourner vers les modèles venus d’Amérique latine. Là il va découvrir qu’à l’inverse de la France où le combat écolo est celui globalement de la classe moyenne, en Amérique latine c’est un combat populaire ce qui va l’inciter à mieux mesurer les enjeux sociaux de la crise climatique. Il va développer le combat éco-socialiste et les Verts vont en déduire que c’est une opération électoraliste pour les tuer. Or, comme le PS les Verts se sont marginalisés eux-mêmes. Eux vont avoir un grand mal à se relever car ils se sont habitués à vivre au-dessus de leurs moyens avec un groupe à l'Assemblée nationale offert par le PS. Le PS ne pouvant plus faire de cadeaux....

 PCF

Dès la création du Front de Gauche le PCF a été traversé par deux courants : celui de M-G Buffet totalement favorable au Front de Gauche (sans elle il n’aurait pas existé) et celui d’André Chassaigne craignant qu’après Mitterrand, Mélenchon soit le bourreau du PCF. Or nous sommes dans deux situations totalement différentes. En 1972 le PCF et le PS sont deux forces politiques équivalentes. Mitterrand est devenu dirigeant du PS grâce en effet aux bontés du PCF qui lui a permis en 1965 de devenir le porteur de l’union de gauche.

Mélenchon n’a pas été « fabriqué » par le PCF et il arrive en 2009 non pour enfoncer ce parti mais au contraire pour le relancer ! L’élection européenne en apportera la preuve puisque, sauf Mélenchon, tous les autres élus sont communistes. Sauf que dès 2010 Mélenchon découvre qu’à l’inverse de sa tendance pyramidale, le PCF a plusieurs visages totalement contradictoires. En effet, aux Régionales des communistes acceptent, malgré l’existence du Front de gauche, de faire union avec le PS dès le premier tour ! C’est là un contre-sens totalement inouï ! Le Front de Gauche n’est pas né pour suppléer le PS mais au contraire pour le marginaliser !

La patience étant une vertu politique fondamentale, il attend l’élection présidentielle. Là, nouvelle découverte : le PCF n’est pas du tout enthousiasmé pour le soutenir suivant la crainte « Mitterrand ». Il va donc annoncer lui-même sa candidature pour mettre le PCF au pied du mur et le PCF va devoir engager une consultation de ses membres pour savoir si oui ou non le parti soutient Mélenchon. Un accord sera conclu : à Mélenchon la présidentielle et au PCF les législatives. Un accord typiquement inégal politiquement et économiquement. Donc le PCF reste gagnant, c’était le « prix » pour avoir les 500 signatures.

Les rapports avec le PCF vont se dégrader fortement avec Pierre Laurent qui n’hésitera pas aux sénatoriales de 2011 à être sur la liste PS et par la démission de Nicole Borvo Cohen-Seat il entre dans la haute assemblée en septembre 2012.

Au-delà de la guerre des personnes classique en politique, le différent avec le PCF va politiquement s’aggraver avec les élections régionales de 2015 puisque des éléments du PCF continuent de se servir du Front de Gauche plus que de le servir. Les engagements écolos du Parti de Gauche vont alors susciter un certain nombre de listes avec les Verts où parfois les Verts ont eu droit à la tête de liste.

L’incohérence du PCF est à son sommet : candidatures autonomes, avec les Verts et le Parti de gauche, ou avec le PS en dissidence comme en Bretagne.

 Mélenchon sait très bien qu’avec le petit Parti de Gauche qui a été globalement un échec il n’arrivera à rien donc, sur la base du nouveau modèle à savoir Podemos, il décide de lancer un nouveau mouvement France insoumise. C’est un pari totalement risqué pour trois raisons :

-          Il n’a aucun moyen financier.

-          Il a besoin de créer un mouvement présent à la présidentielle et aux législatives et il n’a que très peu de candidats potentiels.

-          Il n’a aucun soutien médiatique, Mélenchon ayant toujours été la bête noire.

En conséquence l’élection présidentielle va devenir un succès admirable mais très fragile. Et les législatives vont devenir un enjeu nouveau. Contrairement à un message martelé, FI souhaitait une répartition de circonscriptions avec les députés sortants du PCF sur une base politique claire, mais la tendance anti-Mélenchon a imposé un autre type de revendication : 50% pour le PCF. Une façon d’imposer une rupture, et d’en faire porter le chapeau à FI devenu le diviseur, alors que c’est le parti qui a investi des Verts et des communistes.

Oui mais un désir d’hégémonie trop grand à France insoumise ? Oui, car il n’est pas possible d’aspirer à l’accès au pouvoir sans chercher une hégémonie. Le succès à la présidentielle a reposé sur la cohérence d’une démarche et non pas comme en 2012 sur l’addition de sigles parfois contradictoires. Une hégémonie qui va au-delà de la gauche ! Pour un lien direct entre le gourou et le peuple ? Pour la grandeur de la France ? Il faudra du temps pour que le projet de FI soit saisi dans sa cohérence et non dans ses particularités. J-P Damaggio