De la présidentielle aux législatives l’abstention a fait un bond en avant. En l’espace de quelques semaines ! Le phénomène est grave car il ne peut que renforcer la forme « coup d’état » prise par le système Macron.

 Les raisons de fond

La médiatisation s’appelle personnalisation. Les présidentielles font que les citoyens connaissent mieux les candidats présidents, que les candidats députés, à un moment où chacun veut voter pour des gens connus. Et le renouvellement actuel a renforcé le phénomène.

Le FN a été le premier à remplacer le nom de ses candidats par le sigle du parti. La REM s’est trouvée dans le même cas à un moindre degré. Et FI également.

Ce point doit faire réfléchir aux conséquences du non cumul des mandats (j’y reviendrai dans un article).

Cette médiatisation prend deux formes : les grands médias et les «réseaux sociaux ». Cet écart aggrave le fossé entre le simple citoyen soumis aux grands médias, et le petit groupe des pianoteurs sur leurs ordinateurs. Là aussi nous assistons à une intoxication qui voudrait faire croire (pour des raisons de prix de la pub) que dans une élection les réseaux sociaux prennent une grande place. Oui, seulement quand ils sont produits par une vedette des grands médias ! Il faut des TV citoyennes, des facebook et tout, mais sans exagérer l’impact qui tourne plus à l’entre-soi, qu’à la présence sociale.

 En passant dans les communes, suite au dépouillement, un conseiller municipal me demande qui représente Ivan Jacquemard, le candidat FI !

Si Ivan Jacquemard avait été présenté en bonne place sur le quotidien local, il aurait su qui il était.

Ce n’est pas le blog de Mélenchon qui a créé Mélenchon mais sa forte présence à la télé qui a renvoyé des milliers de gens vers son blog ou son youtube.

Les réseaux sociaux n’ont rien de sociaux mais au contraire tuent le social car ils font s’affronter des individus plus que des groupes ou donnent la priorité aux individus sur les groupes.

 La présidentialisation est largement acceptée comme forme de démocratie. Ce point n’est pas nouveau puisque depuis 1981 les législatives, inscrites dans la foulée des présidentielles, ont donné de fortes majorités aux gagnants. Et l’abstention ainsi induite a été renforcée en 2017 et a de ce fait renforcé encore plus la victoire de Macron.

 On parle parfois du dégoût de la politique. Mais pourquoi une participation plus forte en avril qu’en juin ? La présidentielle suscite moins de dégoût ? Je vais l’étudier par ailleurs mais dans le fort score de Mélenchon à la présidentielle il y a eu la mobilisation d’un électorat nouveau qui n’avait pas l’habitude de voter et qui en juin en est revenu à ses habitudes.

 Les raisons circonstancielles

La mort de Pompidou a mis les présidentielles fin avril puis le renversement du calendrier, par Jospin, suite à la création du quinquennat, a mis les élections en juin, mois aux mille activités sociales de fin d’année doublée du plaisir d’accéder au grand soleil.

Or dans beaucoup de petites communes les bureaux ont fermé à 18 h au lieu de 19 h à la présidentielle !

Que faire ?

Je ne peux qu'écrire ce que j'ai déjà écrit : faire en sorte comme partout où il y a une présidentielle de mettre la présidentielle et les législatives le même jour. C'est pas compliqué à faire pour qui veut lutter contre l'abstention et je m'étonne que personne n'en fasse la proposition. J-P Damaggio