Le Populaire était le journal socialiste. Je relève ici deux articles qui évoquent Cassou et qui témoignent d'une évolution des esprits tout en faisant connaître l'écrivain.

J-P Damaggio

 

Le Populaire 19 septembre 1933

 LES TROIS CASSOU « Vingt élèves sélectionnés des lycées de Paris, accompagnés par l'écrivain hispanisant, M. Jean Cassou, inspecteur des Beaux-arts, ont été présentés au président Alcala Zamora. La réception a été extrêmement cordiale », nous dit le Temps du 17 août.

Nous espérons que M. Jean Cassou. inspecteur des Beaux-arts, en fera part au camarade Jean Cassou. lui aussi écrivain hispanisant, mais membre de l'Association des artistes et écrivains révolutionnaires où, chacun le sait, on n'a que haine ou mépris pour les social-fascistes de tous pays et de l'Espagne en particulier, et pour ce valet du capitalisme international qu'est, d'après l'Humanité, M. Alcala Zamora.

Ne pas confondre le camarade Cassou avec un troisième Jean Cassou, toujours écrivain hispanisant, collaborateur et ancien chef de cabinet, au ministère de la Justice, du très réactionnaire Léon Bérard, lequel doit souhaiter de tout cœur, comme son cher ami Léon Daudet, que "République crève", en Espagne comme en France.

S'il arrive à ces trois Cassou de se rencontrer, leur conversation sur l'Espagne ne doit certes pas manquer d'animation. Mais si, comme on nous le souffle, ils se rencontrent en une seule personne, c'est un nouveau mystère de la Trinité dont seul l'excellent écrivain français, Jean Cassou, pourra nous donner la clef, tout comme en l'une de ses œuvres  il nous a livré celle des songes.

 

Le Populaire 24 mars 1936 : Carnet du lecteur

Jean CASSOU. Les massacres de Paris. (Gallimard).

Publié dans Vendredi sous le titre Faubourg Antoine, le dernier livre de Jean Cassou est déjà connu des lecteurs de gauche. Ce livre nous reporte aux années qui précédèrent le triomphe de Thiers et la proclamation d'une république boiteuse. Noue assistons à la fin de l'empire libéral à la guerre de 1870, à la Commune, faite de grandeur et de désordre et que terminent les massacres.

Le Paris du Faubourg, peuplé d'artisans, y revit. Nous voyons ses types les plus représentatifs auxquels se joignent les étudiants et des officiers, discuter, rêver en discutant et passer à l'action le moment venu. Au cours de certaines pages, Jean Cassou évoque des préoccupations qui, sont toujours de notre époque. Toute une jeunesse a besoin d'air pur. Elle étouffe dans la mesquinerie environnante. Elle cherche à s'en échapper et trouve son véritable sens dans l'action. N'est-il pas actuel, ce Jules de Renaud, poète riche, qui vient au peuple pour se trouver lui-même. Celui-là, l'enthousiasme d'un jour de déclaration de guerre et l'héroïsme que semblent réclamer les combats lui montrent sa véritable voie. Pour les autres, la guerre n'a pas le même sens. Ils trouveront en la Commune leur achèvement. C'est elle qui les arrachera définitivement à eux-mêmes. Et pourtant, ils avaient rêvé de livres, de vie calme et heureuse. Des femmes, hantent le livre : l'impératrice Eugénie aperçue à travers une glace secrète et qui rêve d'un empire fort pour son fils ; Adélaïde et Clémence, petites bourgeoises agréables qui adoptent sans discussion tous les préjugés de leur caste ; et, les dominant toutes, Marie-Rose, fille d'un ébéniste. Marie-Rose aime et souffre avec toute l'ardeur de sa jeunesse. Elle participe aux luttes, soigne les blessés et, lorsqu'elle voit que d'autres peuvent accomplir cette tâche, elle part, le fusil en main, combattre dans la rue aux côtés de celui à qui elle a voué sa vie.

Le souvenir de la Commune est vivant aujourd'hui. Il ne s'effacera pas de si tôt. Quelques pages du livre de Jean Cassou retracent les combats de rues, le massacre du Père-Lachaise, montrent le convoi des prisonniers torturé. Elles atteignent en grandeur tragique les récits de ceux qui ont vécu ces dramatiques journées.