comte d'orgaz

Je ne sais si depuis cette découverte de 1935 nous avons bien dans le rond à gauche Garcilaso (dans le rond à droite c'est Cervantès) mais j'aime à penser que c'est vrai car de découvrir ainsi côte à côte les deux grands écrivains c'est émouvant au possible et El Greco savait de quoi il en était de ces deux écrivains. Il est surprenant de retrouver, dans l'article ci-dessous, comme caractéristique pour Garcilaso, sa mort à Fréjus dont on dit en fait qu'elle a eu lieu à Nice après son transfert suite à sa blessure. Avant de continuer ce feuilleton observons les dates :

Inca Garcilaso de la Vega (le nom qu'il s'est donné) : 1501-1536.

Cervantès 1547-1616.

El Greco : 1541-1614.

Je vous laisse calculer l'âge du décès de chacun. J-P Damaggio

  

Comoedia Vendredi 27 juin 1935

LETTRE DE MADRID

Le Greco a placé les portraits de Cervantès et de Garcilaso de la Vega dans «L'Enterrement du Comte d'Orgaz»

Une curieuse identification faite par un érudit espagnol

Madrid, juin. (De notre correspondant particulier) Une découverte sensationnelle vient d'être faite à Tolède par un illustre critique d'art qui tient à garder l'incognito. Plongé depuis très longtemps dans une profonde étude des œuvres du Greco, il a eu l'immense satisfaction de déchiffrer, sur les tissus et les garnitures des costumes des personnages de "El entierro del Conde de Orgaz",qui se trouve dans l'église de Santo-Tomé, de minuscules écriteaux qui permettent de les identifier tous. Déjà Willunsem, dans son livre La Jeunesse de Greco faisait allusion à ces phrases microscopiques, qui révèlent leur origine dans les temples et dans plusieurs des tableaux de Dominico Teotocopuli qui se trouvent au Musée du Prado. Très difficiles à déchiffrer, car ils sont écrits en caractères cursifs, ces écriteaux permettent de découvrir l'identité de la plupart des personnages qui se trouvent dans le fameux tableau. Le premier à droite se nommait Francisco Preboste, grand ami et collaborateur du peintre. Le prêtre Andréa Nunez de Madrid est à côté de lui. Don Diego de Castilla, doyen de la cathédrale de Tolède. cache le suisse de la cathédrale de Cuenca. Il fut le protecteur duGreco et, bien qu'il fût mort à l'époque où le tableau fut exécuté, l'artiste tint à le représenter pour rendre ainsi hommage à sa mémoire. Au premier plan, et tournant le dos, se trouve le sacristain de Saint Vincent. Un peu plus loin, devant un prêtre non identifié, on voit Juanelo Turriano qui se rendit célèbre par l'invention d'un appareil pour élever l'eau du Tage, appareil dont les restes se trouvent encore au bord du fleuve, et par l'invention d'un homme de bois, fameux automate qui donna son nom à une rue de Tolède. Un peu en avant et lui tournant le dos, se trouve le père Juan de Mariana, l'illustre historien, dans le col duquel on lit le mot "histoire". Derrière lui, se montre Juan de la Rivera, l'apothicaire du quartier de Santo-Tomé, chez qui se donnaient rendez-vous tous les gens de l'époque, Miguel de Cervantès, entre autres. On peut voir, à gauche, le docteur Velluga, puis Davila le chanoine, vénérable vieillard qui sans doute lui servit de modèle pour son saint Augustin. Le comte de Buendia, de profil, cache presque complètement le comte de Mora, qui, placé au troisième plan, n laisse apercevoir que le haut des sa tête. Le docteur Grégorio de Angulo est à son côté, et, devant, le Régidor qui a près de lui le «licenciado Cédillo » de qui l'on ne voit que le front et le nez. Sur la tête même de l'un des personnages les mieux situés, on lit une phrase faisant l'éloge de son génie, plus loin le mot "Novélas" et entre sa joue et sa collerette quelques lettres qui pourraient bien être de celles qui forment le mot Quijote. Ce livre, Don Quichotte, qui devait avoir une renommée universelle, n'avait pas encore vu le jour, mais on suppose que Cervantès, car c'est lui, devait alors offrir à ses amis le régal de la lecture de quelques-uns de ses passages. Il est placé à la gauche de don Alvaro de Zuniga, qui fut tout de suite identifié par le mot «alguacil »qui révèle sa qualité. L'investigateur a des doutes sur Garcilaso de la Vega, le grand poète espagnol qui assista à la bataille de Pavie, suivit l'Empereur Charles V en Italie et fut tué devant la forteresse de Fréjus en Provence. Il semble que son nom se trouve sur un de ses sourcils, mais il est peu lisible et devra être l'objet d'une étude spéciale. Dans tous les cas, le même personnage a servi de modèle pour représenter le cadavre du comte d'Orgaz. En suivant toujours de droite à gauche on voit l'auteur du tableau, le Greco lui même, dont le regard a une singulière expression. L'index de la main droite de Garcilaso montre le nom qui se trouve écrit sur la collerette. Les deux personnages suivants demeurent encore dans l'anonymat et derrière eux se cache Juan de Avila qu'on aperçoit à peine  ; Fray Bartolomé de Carranza, archevêque de Tolède, mort avant la réalisation du chef-d'œuvre, est encapuchoné. Entre celui-ci et le franciscain du premier plan qui porte sur son habit le mot «Monroy »on peut voir Francisco de Sandoval, vieillard à barbe blanche, situé devant le dernier personnage à gauche, qui n'a pu encore être identifié. Le petit page montre, sur la manche brodée d'or du personnage représentant saint Etienne, un écriteau où on lit très clairement «Grecus Filius". M. Rodriguez Marin ex-directeur de la Bibliothèque Nationale et brillant polygraphe, Oppose certaines objections à cette découverte, mais les investigations se poursuivent et l'on va certainement aboutir à des conclusions très intéressantes. Rémée de Hernandez