Je reprends ici pour le regouper avec les autres  article ancien sur un lien entre la Guerre d'Espagne et le pérou. JPD

 

10 avril 2012

La Guerre d’Espagne vue du Pérou

Nous le savons, la Guerre d’Espagne a été un événement international et non une simple guerre interne dite civile. Dans son livre sur l’écrivain péruvien José Maria Arguedas, L’utopie archaïque, Mario Vargas Llosa ne pouvait qu’évoquer cet épisode de l’histoire du Pérou. Il me semble instructif de le rappeler ici. Il peut entrer dans la série des cas d’hommes qui vont devenir écrivains « grâce » à la prison. JPD

 « Le général Camarotta, qui avait commandé les troupes italiennes envoyées en Espagne par Mussolini pour appuyer Franco, arriva au Pérou, en mission officielle du gouvernement fasciste, pour aider la dictature du général Benavides à réorganiser la police. Quelqu'un eut la singulière idée de mener le général Camarotta rendre visite à son compatriote, le professeur italien Hipolito Galante, qui dirigeait l'Institut de philologie de San Marcos, une université qui était, au dire d'Encinas, « un foyer bouillonnant d'agitation en faveur de la République espagnole ». Ce climat s'était échauffé ces derniers jours avec les nouvelles de bombardements de populations désarmées effectués par l'aviation italienne sur l'Espagne. En voyant apparaître sur le campus de San Marcos le général Camarotta, en uniforme de parade avec toutes ses médailles, les étudiants, parmi lesquels Arguedas, organisèrent un acte de protestation ; ils l'entourèrent en chantant L'Internationale et essayèrent de le jeter dans le bassin de la cour de droit. D'après Moreno Jimeno, qui prit part à l'incident et passa pour cela plus d'un an en prison, un groupe de professeurs sauva le général Camarotta du plongeon, mais ne lui épargna pas d'être insulté et molesté. Un coup de filet immédiat jeta en prison presque tous les membres du CADRE, parmi lesquels Arguedas qui, par voie de conséquence, perdit son emploi à la Poste principale. Le général Benavides institua un conseil de guerre pour juger les détenus.

Arguedas demeura détenu à Lima près d'un an, du milieu de 1937 à juin 1938, passant huit mois au Sexto, deux mois à l'intendance et un mois et demi à l'hôpital. Dans la prison tristement célèbre appelée El Sexto, les criminels, les voleurs et les vagabonds étaient enfermés avec les prisonniers politiques — apristes, communistes ou indépendants —, innombrables à cette époque de répression très dure. C'est en se souvenant de cette expérience qu'il écrirait, des années plus tard, son roman El Sexto (1961). »

Mario Vargas Llosa