Les premiers partis fascistes sont nés en Europe au tournant du XXème siècle. Sur ce point je rejoins totalement ceux qui refusent les extrapolations trop faciles.

Ils sont nés dans des contextes qui ne se répèteront pas, au moment où après la Première Guerre Mondiale toutes les sociétés européennes ont été chamboulées par la boucherie.

D’une part, le capitalisme en grande crise avait besoin de créer des marchés nationaux et d’autre part il n’avait pas les instruments politiques de sa stratégie. En conséquence les partis fascistes sont nés pour contrer les partis communistes qui étaient prêts à utiliser la crise sociale pour imposer ses solutions. Que les partis fascistes aient pu imposer leur loi dans les pays à la structure nationale très faible car très récente (Italie et Allemagne) est aussi un point à prendre en compte.

De tels partis (comme les partis communistes après les partis socialistes) eurent besoin de créer leurs propres électorats, leurs propres organisations, leurs propres lieux de formation, leurs propres violences.

Si en France je pense au parti de Doriot, au parti des Chemises Vertes, je pense à des troupes de choc.

Nous étions dans des contextes où le parti fasciste se devait de créer le fascisme.

L’Europe d’aujourd’hui est dans des situations radicalement différentes même si le capitalisme reste le capitalisme. Ce dernier cherche à tout prix à construire un marché mondial contre les marchés nationaux et pour ça il ne cherche pas à mettre au point une classe politique, mais à faire en sorte que les citoyens eux-mêmes s’auto-exploitent, s’auto-détruisent, s’auto-soumettent ! C’est l’ère bien connue de la «servitude volontaire» que j’appelle un fascisme rampant.

Dans ce contexte, le capitalisme n’a ni besoin d’un parti fasciste (l’adversaire communiste n’est plus conquérant mais en régression) ni besoin d’aucun parti politique, à partir du moment où il a réussi à faire admettre que la « liberté c’est MON choix » !

Nous sommes dans un contexte économique et social totalement structuré comme une prison internationale, et pourtant nous serions libres car il nous revient d’être des consommateurs intelligents (le pouvoir serait le pouvoir d’achat !), des lecteurs avertis au milieu du flot d’informations, des acteurs mobilisés sur les millions de chantiers mis à notre disposition (un jour j’en ferai la liste).

 S'en tenir à l'idée que le fascisme c'est le FN c'est une double erreur catastrophique :

- c'est masquer la réalité de nos sociétés où le fascisme rampant prend une place de plus en plus grande

- c'est dénoncer le pire pour aboutir au soutien du moins pire !

Dans les deux cas le citoyen révolté se tire une balle dans le pied !

Ce tir malheureux est le soutien le plus solide au système combattu !

Rien de surprenant si Macron veut en finir avec les Conventions collectives pour redonner toute sa place à la liberté. Que les ouvriers soient libres de négocier dans leur entreprise les conditions de travail et tout et tout, comme nous sommes libres de choisir notre fournisseur d'électricité etc.

J'ai cru pendant un moment que les échecs successifs dans la lutte contre le FN inciteraient les uns et les autres à revoir leur copie mais bon c'est pas pour demain. J-P Damaggio