Le philosophe Daniel Bensaïd a toujours été un observateur attentif de la vie politique en tant que membre de la LCR. Après la présidentielle de 1988, il étudie minutieusement le score du FN, et dans l'ensemble je suis d'accord avec son analyse (il n'emploie pas le mot fasciste). Il en tire ce constat : "il est en position de s'implanter dans une vingtaine de municipalités, la plus symbolique étant évidemment Marseille, la seconde ville de France, où le Front national fait 28 % et où il a des chances réelles de l’emporter."

Le FN n'a jamais eu aucun chance de l'emporter à Marseille car on ne peut plaquer un résultat à la présidentielle, sur les municipales, même si comme dans ce cas, elles se tenaient un an après, en 1989.

Ceci étant, le fantasme a duré. C'est ainsi qu'après 1995, de très nombreux journaux voyaient Bruno Megret qui avait gagné Vitrolles à la suprise générale, maire de Marseille.

La scission de Megret en 1998 n'a pas découragé ce dernier qui en effet s'est présenté à Marseille en 2001 avec le résultat suivant : Bruno Mégret passe de 10 à 12% et a 3 élus, le FN fait seulement 7%. La liste d'union de la gauche est dirigée par René Olmeta et passe de 30 à 39% mais comme en 2008 et 2014 Gaudin garde la majorité.

 Depuis, au premier tour des présidentielles à Marseille, nous avons eu les résultats suivants :

2002 : FN, 22,4% (en tête devant Chirac 17% et malgré le 5% d Bruno Megret).

2007 : FN, 13,4% (quatrième derrière Sarkozy 34%, Royal 27% et Bayrou 14%)

2012 : FN, 21,22% (troisième derrière Hollande 28% et Sarkozy 27%)

2017 : FN, 23,66 % (deuxième derrière Mélenchon qui a fait 24,8%)

 Cette évolution correspond aux résultats nationaux avec ce phénomène bien connu : l'électorat FN d'abord urbain est devenu surtout rural.

Passer de 28% en 1988 à 23% aujourd'hui, alors que globalement le FN a progressé me semble significatif.

Ceci étant, pour les municipales de 2014 le FN est passé de 23% au premier tour et 26% au second. Quand le PS dirigé pas Mennucci passe de 20 à 31 % et le FdeG avait fait 7%.

L'élection présidentielle ne serait-elle plus pour le FN la meilleure élection quand elle a des groupes locaux fortement implantés ? J-P Damaggio

P.S. A Marseille le dernier député PCF qui s'est écarté de la vie politique anime un blog où il fait part de ses réflexions. Il a refusé de soutenir Mélenchon à la présidentielle car il s'est auto-désigné candidat mais depuis les résultats il s'interroge sur la suite : Frédéric Dutoit pose la question : pourquoi pour le PCF ne pas fusionner avec France insoumise ? Ou alors retrouver une union de la gauche ? Mais il ne dit rien sur le FN.