Les deux hommes furent très peu poètes mais trouvèrent l'occasion de se dédier un poème. Celui de Paul Arène que je reprends ici est en fait dédié aux deux premières filles de poète montalbanais. Dans la famille Cladel, la mère était pianiste d'où ici cette leçon de musique. J-P Damaggio

  

 

[Recueil_Portraits_de_Paul_Arene_[

LA LEÇON DE MUSIQUE

A mes petites amies Cladel.

 

Voici deux petites sœurs ; l'une,

L'aînée, ainsi qu'on peut le voir,

Sait jouer Au clair de la lune;

L'autre voudrait bien le savoir.

 

Or, la cadette, blonde et gaie,

Depuis une heure, toute en eau,

De ses mains mignonnes essaie

D'ouvrir l'énorme piano.

 

« Viens, Thérèse, viens à mon aide!»

Thérèse soulève, en tremblant,

Le pesant couvercle, qui cède.

« Dieu! le beau clavier noir et blanc !"

 

"Vois, la musique est en ivoire ! »

Dit Lili, très émue au fond;

Puis frappant une touche noire :

« Ces noires, quel bruit elles font !

 

— Silence! —Oh! méchante marraine!...

— Il faut, Lili, parler moins haut,

Si vous voulez qu'on vous apprenne

La chanson de l'ami Pierrot.

 

— Lili sera sage, Thérèse.

— Ecoute alors : Do, si, la, sol...

Cette touche, c'est un dièse,

Et puis, d'autres fois, un bémol.

 

Quels beaux noms! il faut les écrire.

Dièse, bémol, reprend Lili.

La musique, cela fait rire;

La musique, c'est très joli !

 

Thérèse, qui veut rester grave,

De son index mieux assuré

Soigneusement parcourt l'octave :

Ré, mi,fa, sol, la, si, do, ré.

 

Et Lili, joyeuse, l'imite :

Do, ré, ré, mi, mi, fa, sol, la,..

Mais ses petits doigts vont trop vite.

Non, Lili, ce n'est pas cela!

 

— Notre chat, de ses pattes roses,

En trottant, parfois réussit

A jouer de très belles choses :

Est-il musicien aussi?

 

Puis elle rit, charmante et folle,

De voir ainsi, d'entre ses doigts,

L'essaim des notes qui s'envole

Comme un nid surpris dans un bois.

 

Jamais ses mains ne seront lasses :

Lili jouera toujours, toujours !...

Quand soudain deux notes très basses

Vibrent avec de grands bruits sourds ;

 

Et Lili se bouche une oreille :

Lili n'est brave qu'à demi;

Lili croit que sa sœur réveille

Quelque vieux tonnerre endormi.

 

« Le piano ne veut plus qu'on joue ;

Il se fâche... » Et terriblement,

Devant Lili qui fait la moue,

L'instrument gronde un long moment.

Paul Arène