amie de Courbet

« Lydie Joliclerc est l’amie et la confidente de Courbet. Mariée au peintre Charles Joliclerc elle vit à Pontarlier d’où elle aide Courbet à passer la frontière en Suisse le 23 juillet 1873. Elle lui reste fidèle jusqu’à la mort. »

Telle est l’inscription pour présenter le tableau ci-dessous présent au Musée Courbet à Ornans.

Lydie Joliclerc (1829-1899) essaya de trouver sans succès un épouse pour Courbet.

Le portrait date de 1869.

Ce musée installé dans une partie de maison où le peintre a vécu enfant est récent et donc neuf. On n’y trouve pas des éléments de la vie de Courbet sauf… sa peinture.

C’est bien connu, Courbet tout en vivant à Paris est resté très attaché à Ornans comme Pasteur l’a été avec Dole aussi ce musée semble naturel.

Mais il est facile de comprendre que sa construction a été un combat difficile. Dans le fameux tableau l’enterrement à Ornans, les habitants de la ville ont été heureux de poser pour sa réalisation mais beaucoup moins en découvrant le résultat final.

 Sur le tableau pourquoi  le profil ? Courbet fait rarement ce choix comme le montre un autre tableau d’une jeune fille de Salins. Ce qui est cependant commun aux deux c’est le fort usage du noir.

 

livre de Marie Peltier

Extrait de la fin du livre ci-contre auquel on peut accéder gratuitement sur internet. Il commence par un extrait de lettre de Courbet.

« Chère Dame Lydie, je suis couvert de honte en pensant que je ne réponds pas exactement aux lettres charmantes et pleines d’intérêt que vous m’écrivez. Je suis très touché en pensant à tous ces amis dévoués qui m’aiment encore malgré mes extravagances démocratiques. Je vais faire mon possible pour jouir du bonheur d’aller passer quelques jours avec vous pour tâcher de vous être agréable avec ma peinture. »

Passent ainsi les mois de mars, d’avril et du début mai avec des éclaircies.

« j’ai à cette heure un succès sans exemple, l’action que j’ai prise dans cette révolution a fait tripler le prix de ma peinture. »

Cependant, en mai 1873, on l’a vu ! La situation politique s’est tendue. Le général Mac Mahon est à peine élu que le 30 mai, la Chambre adopte la loi sur le rétablissement de la colonne Vendôme précisant que « le gouvernement n’entreprendra les travaux que lorsque le tribunal civil aura fixé la part à payer par Courbet pour cette reconstruction. » Or, dès le 19 juin, le ministre des finances, Pierre Magne, ordonne la séquestration de tous les biens de Courbet sur le territoire français.

Et, en vertu d’une ordonnance du tribunal de Besançon, le préfet du Doubs, le baron de Cardon de Sandrans, signifie à toute personne en possession de biens appartenant à Courbet, de les réaliser jusqu’à concurrence de la somme de 500 000 francs, coût estimé de la reconstruction de la colonne Vendôme. Le peintre essaye alors de sauvegarder des tableaux déposés à Londres, Bruxelles ou Vienne en les expédiant en Suisse, sans encore envisager son propre départ. Mais en juillet, le gouvernement, par le biais de l’administration des Douanes, confie au tribunal civil de la Seine, le soin de décider si la saisie des propriétés de Courbet a été légale et si le peintre pouvait être rendu responsable de la réédification de la colonne Vendôme. Le procès est fixé au 23. Aussi, la décision est prise, d’Ornans, Courbet prévient ses sœurs à Flagey : « Je vais partir pour la Suisse par Pontarlier ».

Et le dimanche 20 juillet, Lydie reçoit un message de Maisières.

« Ma chère Lydie, le moment du départ est arrivé. Les tribulations s’avancent et vont finir par l’exil. Si le Tribunal comme tout le fait croire, me condamne à 250 000 F, c’est une manière d’en finir avec moi. Il s’agit maintenant de sortir adroitement de France.. Dans ce cas, nous allons M. Ordinaire et moi partir pour La Vrine et nous y serons mercredi à 5 heures de l’après-midi. Nous comptons sur vous pour venir nous chercher, soit Jolicler, soit le docteur, soit M. Pillot avec une voiture fermée, et nous transporter d’un seul trait aux Verrières, où nous dînerons. Dans tout ceci il faut un secret absolu. Par conséquent nous comptons sur l’un de vous, sans que vous ayez besoin de nous répondre, il n’y a pas de temps à perdre, le procès se juge jeudi, j’adresse ma lettre à Madame Pillot en cas que vous soyez à Moranval32. Tout à vous, mes chers amis, collectivement. G.C ».

A partir de ce courrier, il est bon de reconstituer avec réalisme cette évasion qui n’est pas une épopée car Courbet peut encore circuler librement dans son Doubs natal, tout en étant prudent et discret.

La lettre à Lydie s’adresse plus largement à son époux et aux amis sûrs de Pontarlier : le Docteur Gindre qui a été maire de la ville après le 4 septembre, et le couple Pillot, propriétaires de l’Hôtel de la poste du lieu : ce sont les hommes qui sont sollicités. Par ailleurs, l’itinéraire n’est pas démesuré. Courbet part de Maisières, avec Mr. Ordinaire son hôte, et se rend au lieu-dit La Vrine, commune de Vuillecin à six kilomètres, sans doute en carriole. De leur côté le couple Jolicler et une amie Md. Marlet, si ils viennent de Pontarlier, font sept kilomètres en voiture close.

On se retrouve dans une campagne peu habitée vers 17 heures et complices, on exécute les 10 kilomètres qui permettent d’arriver pour dîner aux Verrieres en Suisse (Il y a aussi les Verrières-de Joux du côté français)

Cette évasion de Courbet est confirmée par une lettre optimiste du 23 juillet de Fleurier (Suisse, huit kilomètres des Verrières).

« Je suis arrivé ainsi que les amis, à bon port. Lydie et Madame Marlet sont venues malgré toute défense ».

Et oui ! Lydie qui a pu laisser son bébé de quatre mois à une nombreuse domesticité a été trop contente de participer avec son amie à la sauvegarde du maître, mais les dames ont du rentrer le soir même, tandis que,

« Nous allons prendre le chemin de fer pour aller rendre quelques visites à l’intérieur du pays… Mr J. (Jolicler), Charles est avec nous ».

Courbet met des initiales et ne signe pas par précaution.

La halte à Fleurier durera à peu près un mois, Courbet se faisant écrire au nom de Mr Ordinaire, poste restante. Puis, de plus en plus méfiant il s’éloignera de la frontière et obtiendra le permis de séjour à La Tour-de-Peizl (Suisse), en janvier 1874.

La correspondance avec Lydie semble s’arrêter à cette période mais la jeune femme fait sans doute partie de « tous les amis de Franche-Comté (sont) venus me voir » constat de novembre 1877. Reste que Charles Jolicler accompagne plusieurs fois Régis Courbet lors de rencontres longuement désirées.