nouveau projet

Nouveau projet est un magazine québécois qui paraît tous les six mois.  http://edition.atelier10.ca/nouveau-projet

La Une parle peu et le dos de couverture est un pub pour l’UQAM qui est l’université du Québec à Montréal. Les universités plus petites ont une pub dans les pages intérieures. Magazine à la présentation soignée, il affiche clairement une position de la gauche heureuse, si je puis m’exprimer ainsi, pour dire une position culturelle.

Dans ce numéro 12 j’ai d’abord lu l’article de fin de Françoise David, une femme heureuse, mais je vais seulement braquer le projecteur sur une question que je travaille depuis tant d’années : l’extrême droite.

Deux professeurs, Samuel Tanner et Aurélie Campana, sous le titre la nouvelle droite vous informe, présentent utilement un tableau des diverses extrêmes-droites en commençant par La Meute :

« Fondée en octobre 2015 par deux anciens employés des Forces armées canadiennes, La Meute se veut un rempart contre ce que les dirigeants présentent comment l’islamisation de la société québécoise.»

Le Québec n’a jamais été le colonisateur de l’Afrique du Nord et pourtant l’islamisation est le premier terme qui qualifie ce parti d’extrême-droite qui, à l’inverse du FN, se veut organisateur d’actions musclées plus que d’une présence électorale. « La Meute galvanise l’ardeur de ses adeptes, puisqu’elle accueille ceux qui ne s’identifient pas aux options politiques parlementaires existantes. »

Mais, et là on retrouve un phénomène classique à l’extrême-droite (comme à l’extrême-gauche) : « Des distinctions s’imposent puisque cette étiquette ne décrit pas avec  précision la réalité des discours et pratiques qui caractérisent ces formations aux multiples facettes.» L’émiettement des groupes est connu.

Et leur action passe d’abord par le numérique, ce qui n’a rien d’original : c’est le cas de Podemos en Espagne ou de la France insoumise en France, le premier génie en l’affaire a été Beppe Grillo en Italie mais, ces cas là sont devenus des forces électorales.

«Le numérique participe à l’élaboration et à l’affirmation d’une identité collective.»

Il participe aussi à l’émiettement. Toute la question est celle du rapport entre droite et extrême-droite.

 

En fait tout l’article évite l’analyse de la société pour se limiter à celle des animateurs des groupes et à leur action. Mais la société revient en négatif : « Le fait de dépeindre, dans l’espace numérique, les musulmans comme une menace aux valeurs fondamentales de la société québécoise s’accompagne de conséquences réelles pour ces personnes au quotidien. »

Et les attentats islamistes, au Canada ou ailleurs, n’auraient-ils pas plus de poids sur ce point, que l’action de ces groupuscules qui récupèreraient la peur ainsi créée ?

Pour en arriver à cette conclusion :

«Le nombre croissant d’adhérents à ces groupes doit-il être considéré comme un signe de la légitimité de ceux-ci, voire comme une authentique contestation populaire ? Quoiqu’il en soit, on ne peut nier le poids que leurs idées ont acquis dans les débats publics.»

Il faudrait mettre cet article en relation avec un autre sur « Temps nouveaux, nouveaux modèles » où sept sites internet de la frange de «gauche» sont cités dont Médiapart pour la France, mais plus original pour nous Jacobin des USA (jacobinmag.com) puis Plaza Publica en Amérique latine et inkyfda en Tunisie.

Pour qui le numérique joue-t-il un rôle majeur ? Et si c’est pour l’extrême-droite pourquoi ? J-P Damaggio