pascal dupraz

Je n'ai pu suivre l'ensemble des Journées de Larrazet sur le football et c'est très bien car leur richesse aurait été trop dense pour mes maigres capacités de réflexion. Je vais donc me contenter d'évoquer l'intervention de M. Christian Bromberger, Université Aix Marseille sur les récentes métamorphoses d’un sport et d’une passion populaire.

Son propos clair, argumenté, direct m'a passionné. Pour lui la passion pour le foot et le sport en général tient à l'incertitude du résultat de l'action qui se déroule sous les yeux des spectateurs. Sauf que depuis des années on assiste au recul de l'aléatoire de ce résultat sans que pour autant la passion baisse !

Le football sous le coup des lois

Si le football a d'abord eu besoin de se fixer des règles globales pour devenir un universel depuis les années 80 on assiste à la mise en place d'un nouveau type de règles qui sont politiques. On passe d'associations de loi 1901 à la création de sociétés anonymes professionnelles. Et comme nous sommes d'abord en 1984 le pouvoir de la gauche participe à cette mutation qui s'inscrit, c'est moi qui l'ajoute, dans la mutation néo-libérale.

Cette mutation entraîne une modification dans les budgets. De 1970 à 2011 on passe de 6 millions d'euros à 1 milliard pour les grands clubs.

La création de Canal + (encore un coup du PS) puis la privatisation de TF1 qui suivra va aller à la rencontre de l'augmentation des budgets par les droits télés. Ils représentent 60% de budgets en question mais avec des variations.

Donner aux riches

Les droits télés vont aller là où il y a plus de notoriété et par l'argent apporté, les clubs en question vont devenir plus visibles !

Toujours plus pour les riches et toujours moins pour les pauvres ! Est-ce seulement une règle du foot nouvelle version ?

Des clubs sous de nouvelles directions

L'importance des budgets, le rôle de la télé cela entraîne une évolution dans la liste des propriétaires de clubs. Si autrefois l'équipe de Sochaux n'était autre qu'une équipe à la solde de Peugeot, cette équipe vient de passer sous une direction qui échappe à Peugeot !

Pour le président, comme pour les joueurs, le lien au territoire ne se fait plus.

Sans développer l'explication magistrale j'en viens à l'essentiel du propos : pourquoi le public est toujours au rendez-vous quand les justifications qui l'avaient fabriquées n'existent plus.

Le public a changé aussi par la loi

Cette ferveur maintenue du public est un paradoxe qui renvoie à tant d'autres paradoxes. L'analyse de Christian Bromberger renvoie à chaque moment à des questions globales. Ici il parle des mutations de l'identité : face à la perte d'identité issue de la globalisation qui fait qu'un jeune des quartiers nord de Marseille peut devenir un fan du PSG, apparaît une identité rêvée qui fait que ce jeune en portant le maillot d'un joueur du PSG pense afficher une identité qu'il rêve. Il ne soutient plus fatalement ce qu'il se devrait de soutenir mais il décide lui-même vers où va sa quête d'idole.

La règle de l'individualisme

Et là on arrive au paradoxe des paradoxes. Le foot est un sport collectif, pas seulement sur le terrain, mais aussi par toutes les personnes qui gravitent autour, du président à l'entraîneur. Or, sur le maillot est apparu le nom du joueur. Modification qui va apparaître anecdotique au simple citoyen mais qui devient cruciale. Le maillot n'est plus celui du club, mais celui des marques et du joueur ! Et le joueur devient une marchandise que les droits télés doivent favoriser (les propriétaires des clubs ont beaucoup à voir avec la com). Je n'avais pas noté la fonction du "mercato d'hiver" qui ne tombe pas du ciel mais qui comme tant d'autres faits correspond à une décision politique : à la mi-saison tout le monde sait qui va vers la victoire et qui va vers l'échec donc celui qui va vers les victoires peut acheter de nouveaux joueurs à gros prix pour les grands rencontres internationales de l'année qui va suivre.

Le public n'est plus le même

Le public populaire reste devant la télé et dans les stades l'embourgeoisement est marqué. Les hooligans sont donc ceux qui ne peuvent plus, dans le stade, vivre une affrontement symbolique, et qui font alors de la rue le lieu d'un affrontement réel. Interdiction de dire des insultes, interdiction de types de banderoles, obligation d'avoir seulement des places assises ce qui efface la communauté des fans debout.

Là aussi on assiste à une articulation entre les lois, les comportements, et l'évolution générale. J'voue ne pas avoir pris en compte cette dimension législative.

 

A la séquence des questions je retiens celles judicieuses de mon ami Germinal dont je ne savais pas qu'il avait autant joué au foot :

- l'Italie, à force d'acheter des joueurs étrangers ne tue-t-elle pas les talents locaux d'où l'échec de son équipe nationale ?

- le football féminin ne fait-il pas rêver aux premiers âges du foot masculin ? (on ne lui répondra pas sur ce point mais ensuite à une autre question féminine il sera rappelé que la situation dans le football correspond à la situation faite aux femmes dans la société)

- le rôle de l'entraîneur est important.

La conférence a été plus riche que je ne l'indique aussi le lecyeur peut se reporter sur bien des documents sur internet comme celui-ci : ICI.

Sur la photo au premier plan Pascal Dupraz que je ne vais pas écouter de même façon quand il commente les matchs du TFC et Bromberger est au second plan juste devant Alain Daziron.

J-P Damaggio