Sur le journal du PCF 82, Claude Soufflet[1] qui a le privilège de pouvoir y publier quelques tribunes libres vient d’évoquer l’échec du Front de Gauche, après l’échec du Front Populaire et celui du Front Républicain. Il aurait pu ajouter dans la catégorie « opérations unitaires » l’échec du programme commun.

Le Tarn et Garonne aurait pu être le lieu d’un grand débat public capable d’analyser un tel échec mais la classe politique n’aime pas se livrer à cet exercice le futur l’emportant sur l’analyse du passé.

A la naissance du Front de Gauche, pour les Régionales de 2010, Montauban a vu débarquer Christian Picquet en tête de liste départementale et même en tête de liste régionale. Issu de la LCR puis du NPA son groupe politique Gauche unitaire, va vite disparaître, son dirigeant rejoignant le PCF. Auparavant Montauban avait vu naître pour les municipales de 2008 un rassemblement anticipant sur le Front de Gauche, Montauban citoyenne. Deux expériences capables d’aider la réflexion publique sur l’échec du Front de Gauche car Montauban citoyenne a permis la création en Tarn et Garonne du groupe local Collectif Front de gauche 82 capable de rassembler membres des partis et citoyens.

Pour Claude Soufflet, dans l’article évoqué, l’échec du Front de Gauche tient à la guerre des «égos», idée j’en conviens très répandue comme si l’échec du Programme Commun avait été causé par la guerre entre Mitterrand et Marchais. Mais à cette époque là les médias ne servaient qu’à rendre compte (avec des lunettes déformantes) de la vie politique quand, depuis les années 2000, ils veulent en devenir les maîtres (ce qui est l'objet d’une autre analyse). A ce sujet ajoutons une particularité du Tarn-et-Garonne où la puissance du PRG est immense : en se réunissant avec le Parti Radical, le PRG tourne plus que jamais la page du dit Programme commun qui avait vu naître ce radicalisme de gauche factice.

 Tout comme le Programme commun n’était qu’une opération du PS pour détruire le PCF, le Front de Gauche a été une opération du PCF pour contrôler le mouvement citoyen que le PG avait en partie capté au départ et que la campagne des présidentielles révèlera.

Je vais donner deux exemples locaux :

-         A la création de Montauban citoyenne, une militante venue du mouvement ATTAC a été élue comme tête de liste et aussitôt la machine PCF s’est mise en œuvre pour la pousser à la démission afin de la remplacer par une candidate conforme aux vœux de ce parti.

-         Au moment de l’élection présidentielle de 2012, le PG a proposé de lancer un appel citoyen pour soutenir Mélenchon, appel que le PCF a refusé de relayer (contrairement à son habitude sur ce point) allant même jusqu’à dissuader des signataires à retirer leur signature !

Le PCF doté de moyens, de structures, de capacités militantes que je respecte totalement voulait bien une union mais à condition d’en tenir les rênes. Et j’ai pu le vérifier ensuite aux législatives quand ce parti a imposé ses propres positions politiques.

Le PCF s’était fait marginaliser par Mitterrand il n’allait pas se faire marginaliser par Mélenchon même si l’histoire a tendance à se répéter la tragédie devenant comédie.

 D’où cet autre constat : quand le Front de Gauche a pu vérifier que de 2009 à 2014, aux élections européennes, les résultats étaient restés stables, c’est Mélenchon qui a parlé d’échec car dans la tradition du PCF il n’y a jamais eu d’échec surtout quand après des baisses successives il y avait enfin maintien du score. Or pour Mélenchon l’objectif n’était pas de végéter dans la zone des 5-10% mais d’approcher la prise du pouvoir.

 Il se trouve que le Front de Gauche a d’autant plus échoué qu’il a obligé les autres petits groupes à s’unir autour de lui faisant le vide sur sa gauche sans pour autant en tirer bénéfice.

J’ai toujours été membre d’un parti politique et j’ai donc assisté au vote des Alternatifs décidant d’entrer au Front de Gauche (j’ai été contre) et j’ai donc eu les comptes-rendus des rencontres au sommet de ce cartel factice. Le parti qui va le plus souffrir de cette situation est le NPA qui après les présidentielles de 2007 a pu capter une part importante de cette mouvance citoyenne en quête de politique autre que celle du duo PS-PCF. C’est d’abord la tendance de Christian Picquet qui va être à l’origine de ce front puis ce fut la tendance Gauche anti-capitaliste qui va finir par s’unir avec d’autres pour créer Ensemble ! et vivre dans la mouvance Front de Gauche.

 Dans cette longue histoire qui va de 1990 à 2014 la guerre des égos n’est qu’un épiphénomène, certes grossi par les médias actuels, mais que les médias utilisent pour masquer une évolution citoyenne forte vers d’autres formes d’engagements politiques.

 Les Indignés espagnols qui provoquèrent un mouvement social considérable dans un pays encore plus frappé par la crise sociale des années 2008 (50% de chômage parmi les jeunes) a été le déclencheur qui ensuite va donner naissance à Podemos. Il se trouve que l’Espagne avait un front de gauche très ancien avec Izquierda Unida et une organisation plus cohérente que ce qui va naître en France car la fusion entre le combat social et le combat écolo était si bien ancré que le pays n’a pas connu cette nébuleuse verte qui a fait vivre l’écologie politique en France.

 Bref, en 2014, Mélenchon tirant les leçons des Européennes découvre en même temps le phénomène Podemos. Après quelques hésitations il va donc lancer France insoumise. Un pari qui ne pouvait que susciter scepticisme au PS comme au PCF car on n’a vu nulle part sortir de rien un nouveau rassemblement politique, deux partis qui ne pouvaient pas davantage imaginer la naissance d’En Marche !

L’analyse de cette histoire qui est ici sommaire ne vise pas à ressasser le passé mais bien mesurer comment les échecs d’hier peuvent également annoncer de possibles échecs pour EM comme pour FI. Le constat est vieux comme la politique : sans tirer les leçons d’une expérience on est conduit à la répéter sauf qu’on me dit que FI n’est pas un cartel, que FI n’est pas ankylosé, que FI ceci ou cela mais FI ne tombe pas du ciel et fait partie intégrante de l’histoire politique, sociale et culturelle de la France.

J-P Damaggio



[1] Il a écrit sous forme humoristique l'histoire de François Le Mol sur le site Gauche Cactus.