Dans la ferme familiale il n’y avait qu’une vache pour le plaisir de ma grand-mère dont elle était la confidente. Quand subitement elle est morte, la vache est partie avec elle. Mais chez mon grand-père maternel et mon cousin il existait d’authentiques troupeaux de vaches et j’avais du mal à comprendre le rapport entre la vache laitière, les bœufs pour les travaux agricoles (oui ils étaient encore là) et les veaux et bœufs pour la boucherie.

Ce n’est que plus tard que j’ai compris que les garçons vachers qui les sortaient le matin, les reconduisaient le soir dans des étables pleines de nids d’hirondelles, pour y traire les laitières, n’étaient rien d’autres que des cow-boys sans armes et chevaux mais des cow-boys tout de même.

Rares étant les paysans ayant pu ou voulu écrire leur histoire, des créateurs de mythes s’en donnèrent à cœur joie ainsi à Buenos Aires ont inventa le gaucho. Certains gauchos cherchèrent à se conformer au miroir tendu, confortant ainsi les auteurs du mythe dans leurs tromperies.

 Tout est né d’une insatisfaction.

L’année 1789 déchaîna dans le monde une série de révolutions petites ou grandes sous ce thème éternel qu’est celui de la liberté. De ce fait, toutes les Amériques (même les USA bien que leur révolution ait eus lieu un peu avant) devinrent indépendantes.

Des citadins de Buenos Aires découvrirent alors que le gaucho n’avait de loi que la sienne et symbolisait mieux la liberté que leur vie urbaine où la loi commune n’était souvent là que pour assurer la liberté du renard dans le poulailler. Le gaucho était l’heureux renard sans poulailler.

 C’est ainsi que s’est vérifié l’éternelle et infinie lutte de libération d’une liberté à la fois glorieuse et effrayante. Oublier une face de l’histoire serait comme oublier l’histoire elle-même… au nom du mythe. JPD