naranja

Dans la rue Santa Fe à Buenos Aires, nous cherchons la librairie phénoménale L’Ateneo. Pour être sûr d’être dans la bonne direction nous demandons à un jeune vêtu de l’habit jaune d’employé de la ville où est la dite librairie. Manifestement il n’en sait rien, aussi, il tape sur son portable, et nous confirme qu’elle est à 100 mètres plus loin.

Le Samsung (ou autre marque) est roi et partout nous croisons des personnes penchées sur leurs écrans. Au cours de la visite en bateau des rivières de Tigre, j’ai même vue une jeune femme sur son kayak qui avait reposé ses rames sur l’embarcation pour taper sur son portable. Ailleurs, devant une toile de Goya, une jeune femme assise sur un banc était prise par un jeu sur son appareil.

A un moment, au milieu de la Puna, le portable de Marie-France qui ne passait pas s’est mis à indiquer que nous étions en Argentine. Nous passions dans un village qui venait de bénéficier de l’électricité et qui était connecté par satellite.

 En 1996 c’est un voyage au Pérou qui m’a poussé à franchir le pas vers internet. Aux Amériques ils ont des années d’avance sur ce phénomène de la connexion. Vais-je devoir passer au smartphone ?

Donc ce n’est pas un détail argentin mais la confrontation à ce pays qui rappelle un phénomène qui va à la vitesse de la lumière et qui fait dire à présent à des fondateurs de facebook qu’ils ont inventé «de la merde». Ce phénomène est lancé, et la dépendance à l’écran va devenir un problème grave.

Il suffit de voir l’importance des six magasins Naranja (Orange) à Salta, (par exemple), pour mesurer l’importance du phénomène. La domination de GAFA (Google, Amazone, Facebook, Apple) change le sens même du mot domination. Ce n’est pas seulement l’exploitation de l’homme par l’homme (sous-entendu l’exploitation de sa force de travail) mais l’exploitation du cerveau des uns par les cerveaux des autres. Il n’est pas question de nier les avantages d’une telle merveille mais comment ne pas se faire bouffer par les dits avantages ? J-P Damaggio

 PS. Aujourd'hui chez la boulangère la cliente donne 1,50 euros pour un pain à 1,10 euros. L'apprenti à la caisse (sans doute 19 ans) hésite pour rendre la monnaie. Elle dit 0,40 euros en regardant la patronne. Oui, répond-t-elle et la jeune ajoute : "C'est que quand je n'ai pas mon téléphone avec la calculette je suis perdue…" et la patronne complète : "Le jeunes d'aujourd'hui…"