Nicanor Parra - Autorretrato

 

 Le frère de Violeta, la chanteuse, est moins connu en France. On vient juste de traduire un de ses poèmes majeurs de 1954. J'ai souvent évoqué ici où cet artiste. J'appren avec unpeu de reatrd son dècès à l'âge de 103 ans. Je reprends ici trois articles : un article sur sa mort, un article un peu ancien de Libération, et l'article d'El Païs. JPD

Décès de Nicanor Parra, l'irrévérencieux “antipoète” chilien

Laure Besnier

Le poète chilien — plutôt « antipoète », tel qu'il s'était défini — Nicanor Parra, est mort chez lui, à la Reina, dans la province de Santiago, à l’âge de 103 ans, a annoncé mardi dernier le ministre de la Culture du Chili, Ernesto Ottone. Il sera enterré jeudi, à Las Cruces, ville où il s’était retiré de la vie publique depuis une vingtaine d’années, refusant toute interview.

Nicanor Parra, décrit par les journaux chiliens comme irrévérencieux et controversé, fut l’un des poètes les plus influents et les plus originaux de la littérature hispano-américaine contemporaine.

Preuve en est : il fut de nombreuses fois récompensé : entre autres, lauréat du Prix national de littérature au Chili en 1969 ou, encore plus récemment, du Prix Cervantes en 2011. 

Nicanor Parra Sandoval est né le 5 septembre 1914 à San Fabián de Alico (village situé près de Chillán, à environ 400 kilomètres au sud de la capitale du pays, Santiago). Il fait partie d’une famille de neuf enfants, dont certains sont devenus des artistes populaires reconnus.

Nicanor Parra fut le seul à poursuivre des études supérieures. Il étudie les mathématiques et la physique à l’université du Chili. Par la suite, il reçoit deux bourses pour étudier deux ans à la Brown University aux États-Unis et à Oxford au Royaume-Uni. Il enseigne la physique, dirige l'École d'ingénierie de l'Université du Chili puis enseigne la littérature.

Gato en el camino est son premier texte connu. Deux ans après, il publie son premier livre de poème Cancionero sin nombre. Mais l'auteur a révolutionné la poésie latino-américaine avec son second livre Poemas y antipoemas (Poèmes et anti-poèmes) en 1954 — publié aux éditions du Seuil en France, en 2017.

Il marque la création du modèle antipoétique, un nouveau style de poésie, l'écrivain étant désireux de s'opposer à la tradition poétique, avec un antihéros, de l'humour, de l'ironie, du sarcasme et une langue mêlant argot et versification traditionnelle.

 Il publie d'autres textes, par la suite : Versos de salón (1962), Canciones rusas (1967), Obra gruesa (1969), Artefactos (1972), Sermones y prédicas del Cristo de Elqui (1977), Nuevos sermones y prédicas del Cristo de Elqui (1979), Chistes para desorientar a la poesía : Chistes parra desorientar a la policia (1983), Coplas de Navidad (1983), Poesía política (1983), Hojas de Parra (1985) » avant de se retirer à Las Cruces.

Nicanor Parra - Poèmes et antipoèmes et Anthologie - Trad. Bernard Pautrat - 9782021237450 - 23.80 €

 

NICANOR PARRA, ANTIPOÈTE ET PRIX CERVANTES

Par Philippe Lançon, — 5 décembre 2011 à 00:00

Strophe . Le Chilien de 97 ans s’est vu attribuer la haute distinction littéraire hispanique.

La poésie est un glissement de terrain, le lieu de la crise. C’est une ligne de rupture et un casse-tête. Casse-tête est le titre d’un vieux poème de Nicanor Parra, écrivain chilien de 97 ans à qui l’on vient d’attribuer le prix Cervantes, la plus haute distinction des lettres de langue espagnole. Début de Casse-tête : «Je ne donne le droit à personne. / J’adore un bout de chiffon. / Je déménage les tombes. / Je déménage les tombes. / Je ne donne le droit à personne. / Je suis un type ridicule / Sous les rayons du soleil, / Fouet des distributeurs de soda / Je meurs de rage.»

 Lorsque sont publiés, en 1954, ces Poèmes et Antipoèmes, c’est un choc discret au pays de Pablo Neruda, dont Parra est l’opposé. Frère aîné de la chanteuse Violeta Parra, suicidée en 1967, il l’a conduite à composer son incroyable vie en dizains en lui faisant lire Martin Fierro, épopée en vers de l’Argentin José Hernández, qui fonda le mythe du gaucho.

 Férocité. Parra est mathématicien, professeur. C’est l’un des poètes sud-américains du siècle passé. Quand il écrit, c’est sans perruque : ses dents montrent la joie, le rire, la grimace, le dentier, le cadavre. La conscience ordinaire, celle de l’homme de la rue et de son langage, trouve une expression lyrique. Le poète est un homme comme les autres, d’une férocité sensible, «celui qui s’exprime mal, exprime vu que», et le vers s’arrête là : fin du soufflet lyrique.

 Les vapeurs du rêve ne disparaissent pas au réveil, mais elles sont vues et reprises comme par un lendemain de cuite. Le lecteur, cet égout à grands sentiments, est pris par le col. Parra lui écrit ces vers de fonctionnaire : «L’auteur n’est pas responsable de la gêne que peuvent provoquer ses écrits : / Quoique ça lui pèse, / Le lecteur devra toujours se donner pour satisfait.» Puis, à propos de poésie : «Selon moi, / L’heure est venue de moderniser cette cérémonie. / Et moi j’enterre mes plumes dans la tête de messieurs les lecteurs !» Ou dans leur cul.

 Le poète a quitté le club des poètes. Il n’est plus démiurge, ne tutoie plus les dieux ni les saints. Sa langue s’élève par en bas, roulant au ras des choses. La réalité, plus que l’homme, semble avoir des visions, comme l’ivrogne qui ne boit plus. Un jour, dans un parc, le poète rencontre un ange : «Il m’a donné la main / Je lui ai pris le pied. / Il faut voir, Messieurs, / Ce que c’est qu’un ange !» Il le quitte, «mort de rire», en lui souhaitant, avec des incorrections populaires de langage, «que tout aille bien, qu’une auto vous écrase, qu’un train vous tue.» On dirait une scène des Marx Brothers. Naissance du sarcasme métaphysique. Le cœur est plein ; la pacotille des larmes s’évapore à la brûlure des vers.

 Lucide. Nicanor Parra a inspiré Roberto Bolaño, qui célèbre «le type le plus lucide de l’île couloir, le long de laquelle déambulent, d’une extrémité à l’autre, à la recherche d’une sortie qu’ils ne trouvent pas, les fantômes de Huidrobo, Gabriela Mistral, Neruda, de Rokha et Violeta Parra», bref les grandes voix chiliennes.

 Quand l’auteur de 2666 lui rend visite, Parra l’accueille en anglais : «Ce sont les paroles de bienvenue qu’offrent des paysans du Danemark à Hamlet.» En deux vers, il a résumé sa position d’homme et de poète : «Je veux faire un bruit avec les pieds / Et je veux que mon corps rencontre une âme.» Bolaño : «Parra, mais aussi ses frères, Violeta en tête, et ses parents rabelaisiens ont mis en pratique l’une des plus grandes ambitions de la poésie de tous les temps : excéder la patience du public.»

 Ce n’est pas rien de rendre en quelques vers les hommes plus intelligents, plus sauvages, plus lucides qu’ils n’ont jamais voulu l’être. Il y est parvenu. Reste à le traduire. Philippe Lançon

 

Muere el poeta chileno Nicanor Parra a los 103 años

A los 103 años ha muerto este martes el poeta, matemático, físico y académico chileno Nicanor Parra. Lo ha confirmado el ministro de Cultura del Gobierno de Chile, Ernesto Ottone. El deceso del premio Cervantes 2011, una de los mayores leyendas de la literatura hispanoamericana del siglo XX, se ha producido de madrugada. Hermano mayor de una familia de genios, como la cantautora y artista Violeta Parra, el autor de Poemas y antipoemas pasó sus últimos años de vida en su casa de la localidad costera de Las Cruces, a unos 120 kilómetros de la capital chilena. Su muerte, sin embargo, ha ocurrido en su hogar del municipio de La Reina, en Santiago.

 El su ataúd se puede leer Voy&Vuelvo, el texto de unos de sus famosos artefactos, según relató su sobrino Nano Parra afuera de la vivienda de la precordillera de la capital. Indicó que los restos del poeta serán trasladados el jueves por la mañana a Las Cruces, donde esa misma jornada se celebrará el funeral. “Su salud estaba un poquito deteriorada, pero falleció a causa de los años. Nada más, eso es todo”, señaló el pariente del escritor. Y adelantó: “Lo vamos a despedir bailando y cantando”.

 En una entrevista con EL PAÍS en 2011, Parra declaró: “Nunca fui el autor de nada porque siempre he pescado cosas que andaban en el aire”. Creador de la corriente llamada antipoesía, Parra era el superviviente del grupo más señero de poetas chilenos contemporáneos, junto a Pablo Neruda, Gabriela Mistral, Vicente Huidobro y Gonzalo Rojas. Después de publicar en 1937 Cancionero sin nombre, influido por Federico García Lorca, llegó en 1954 el libro que marca en mayor medida su obra y la poesía hispanoamericana del siglo pasado, Poemas y antipoemas.

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“Durante medio siglo / la poesía fue / el paraíso del tonto solemne. / Hasta que vine yo / y me instalé con mi montaña rusa. / Suban, si les parece. / Claro que yo no respondo si bajan / echando sangre por boca y narices”, escribió Parra en Versos de salón de 1962.

 Su país llora al poeta que revolucionó las letras hispanoamericanas. Sus compatriotas comienzan a llegar hasta su casa de La Reina y de Las Cruces para despedirlo con flores y escritos. El Gobierno ha decretado dos días de duelo nacional, que implica mantener las banderas a media asta y suspender los eventos masivos públicos de celebración. El Museo Violeta Parra, en el corazón del centro de Santiago, ha abierto un libro de condolencias para los ciudadanos, que luego será entregado a la familia.

 Las principales autoridades chilenas han comenzado a hacer pública su conmoción. “Chile pierde a uno de los más grandes autores de la historia de nuestra literatura y una voz singular en la cultura occidental. ¡Estoy conmovida por el fallecimiento de Nicanor Parra! Mi más profundo pésame a su familia", ha publicado la presidenta Michelle Bachelet en Twitter.

 El presidente electo, Sebastián Piñera, iba a presentar a su gabinete en una ceremonia en la sede del Congreso en Santiago y ha arrancado su discurso aludiendo al fallecimiento del poeta: “Era un hombre que llenó las páginas de nuestra historia, con su talento, imaginación e irreverencia”, ha asegurado Piñera, que pidió un minuto de silencio en honor a Parra. “Lo único que le faltaba para ser inmortal era haber dejado este mundo terrenal”.

 Políticos, intelectuales y figuras de la televisión han manifestado su pesar a través de las redes sociales. Hasta la selección chilena de fútbol ha escrito en Twitter: “Creador talentoso en extremo y que siempre dejó el nombre de Chile bien puesto en todos lados. Sin duda, Nicanor Parra fue, es y seguirá siendo un tremendo crack. ¡Buen viaje, don Nica!”.