châsse montpezat

 

Je reprends ici cet article paru d’abord dans La Dépêche puis sur le n° 61 année 2006 du Bulletin Municipale de Montpezat de Quercy

 LE TRESOR DE MONTPEZAT ... EN 1905

Jean-Paul Damaggio écrit :

 Par un article de «La Dépêche» du 18 novembre 2005, les lecteurs purent apprendre qu'un excellent travail de restauration a été accompli pour mettre sous les yeux du public le trésor de Montpezat.

Une coïncidence veut que ce même trésor ait été au cœur d'une polémique en 1905, polémique qui rappelle le bien-fondé de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat.

De quoi s'agit t-il ? Dans le trésor actuel, il y manque une châsse qui a été «perdue». Le dessin de F. Pottier donne un aperçu de cette œuvre en émail champlevé de Limoges et longue de 27 centimètres. Sa disparition date de la fin de 1903.

A ce moment-là, le curé-doyen de la collégiale décida de vendre des éléments du trésor pour faire réparer le clocher. Nous passerons sur les détails rocambolesques de l'opération pour ne retenir que le résultat de cette vente illégale et douteuse.

Illégale car les éléments de la vente étaient classés «monuments historiques» et donc attachés au trésor. Douteuse car, en fait, le curé-doyen trouva un stratagème : faire réaliser des copies. Quand il découvrit que la copie de la châsse ne se montrait pas (elle fut réalisée pour deux coffrets également vendus), le curé s'inquiéta. L'antiquaire parisien décréta qu'on lui avait volé cet élément précieux dans son magasin !

A l'époque, «La Dépêche» s'activa pour dénoncer ce détournement du bien public. Le prêtre fut montré du doigt : «Que dites-vous, bonnes gens, de cette histoire ? Que pensez-vous de ce curé qui fait de son église un magasin de brocanteur et de son presbytère un cabinet d'affaires ?» La question fut portée devant les tribunaux.

C'est seulement en 1911 que le tribunal de la Seine décida de faire payer 12 000 francs d'amende à l'antiquaire (un salaire annuel de 1 000 francs était un bon salaire). Cette somme représente seulement le tiers de la valeur de l'objet !

Elle a été versée à la commune de Montpezat puisque, entre-temps, l'église avait perdu le contrôle de tels biens.

Pour Fernand Pottier, cette merveille orne sans doute un salon de New-York, écrira-t-il en 1930.

En mettant les biens des églises sous le contrôle de l'Etat, la loi de 1905 élimine tout risque de vente par un curé mais, c'est vrai, elle n'élimine pas les vols.

Article paru dans « La Dépêche du Midi » du 18 décembre 2005 et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.