Ce livre d’un Anglais aussitôt traduit en 1988 m’a beaucoup marqué : pour ce qu’il m’apprenait (voir article) et pour ce qu’il ne m’apprenait pas.

Par exemple, découvrir les luttes étudiantes en Espagne pendant toute l’année 1968 est considérable. Ou le cas du Japon, de la Pologne, de la Yougoslavie. Pour d’autres pays j’en connaissais déjà un bout.

J’ai déjà mentionné ce point et aujourd’hui je veux évoquer l’autre.

Par la suite j’ai découvert l’injuste absence de l’Amérique latine, sauf le Mexique inévitable, et le rôle du modèle cubain… aux USA.

La lutte des étudiants brésiliens, les événements en Argentine, au Chili, le coup d’Etat de gauche au Pérou autant de faits marginalisés comme a été marginalisée ce sous-continent à partir de 1980. Or les années 60 furent en France celles du boum littéraire de l’Amérique latine, avec les événements à Cuba, au Nicaragua, en Bolivie et ailleurs jusqu’au drame chilien de 1973.

Je ne pense pas qu’il s’agisse là d’un choix de David Caute mais du témoignage de la mise à l’écart de cette région à partir de 1980, au moment même où elle devenait le lieu par excellence de la mise en place du néo-libéralisme. Par son histoire, l’Amérique latine est un sismographe des évolutions mondiales.

Il resterait donc à écrire non plus la mise côte à côte de certains événements de l’année 1968 mais la mise en perspective historique de la mutation planétaire. David Caute le note pour le Japon : plusieurs des leaders de la révolte y sont devenus les personnages de clefs du système. Un phénomène général !

Dans cette mise en perspective le cas de la France deviendrait la clef de voûte avec un retard concernant la mise en mouvement, avec ensuite une généralisation sans précédent de la lutte. Le cas tchécoslovaque devenant alors l’antithèse du cas français. David Caute commence par les USA et termine par les USA. Je vois une architecture débutant à Palerme et s’achevant à San Franciso.

En matière de philosophie, L’Humanité du 7 mai 1998, par un article d’Arnaud Spire, évoque le printemps d’un débat au long cours avec quatre photos : Herbert Marcuse, Gilles Deleuze, Michel Foucault et Henri Lefebvre et son lien avec les situationnistes.

Et ailleurs ? Je pense à Manuel Sacristain en Espagne.

La déferlante commémoratrice ne peut que dissuader tout approfon-dissement or, au contraire, il est temps que l’année 68 entre dans l’histoire pour quitter l’anecdote. JPD