2_mai_1968_les_congés_payés

Le 28 février 1956, sur proposition du ministre des affaires sociales, Albert Gazier, l'Assemblée nationale adopte, à l'unanimité des 499 votants, les trois semaines de congés payés, soit 18 jours ouvrables. Les syndicats applaudissent. Le CNPF ne fait entendre qu'un léger grognement, son président, Georges Villiers, redoutant "un retour à une intervention autoritaire de l'Etat". Le 27 mars 1956, la loi est promulguée. La marche vers l'allongement des congés payés, qui avait favorisé le développement d'une industrie des loisirs et du tourisme, attend moins de dix ans pour reprendre. Renault avait déjà ouvert la brèche (comme pour la troisième semaine de congés payés). Le 29 décembre 1962, la Régie a signé un accord instituant quatre semaines de vacances pour tous ses salariés.

Sauf FO, les syndicats privilégient le pouvoir d'achat et se battent mollement sur la durée du travail, dissociant la baisse hebdomadaire et l'octroi de nouveaux congés payés.

Se faisant le champion de cette cause, André Bergeron, nouveau secrétaire général de Force ouvrière, conclut, le 20 mai 1965, un accord avec le CNPF sur la quatrième semaine pour les entreprises adhérentes au CNPF.

Le 2 mai 1968 l'Assemblée nationale, encore à l'unanimité, généralise donc la quatrième semaine, soit 24 jours ouvrables. Paradoxalement, les événements de 1968 interrompent le mouvement et le Sénat attend le 7 mai 1969 pour adopter le même texte. La loi est promulguée le 17 mai 1969 par le président Pompidou !

 Face à la proposition de loi communiste du 11 avril 1967, Benoît Maquet (UDR, Union pour la défense de la Ve République, gaulliste)" présente une nouvelle version des congés payés, expurgée de son appendice sur les cinq semaines réservées tout spécialement, dans l'esprit des communistes, aux jeunes de moins de 21 ans. Roland Leroy, député et auteur de la proposition communiste retient cependant le bon côté des choses : «L'inscription à l'ordre du jour de notre proposition constitue déjà une victoire contre la réaction. Pour la première fois depuis dix ans, c'est-à-dire depuis l'installation du pouvoir gaulliste, une proposition de loi communiste vient en discussion».

 La lecture du débat autour de cette loi est instructif surtout sur un point, la place faite aux jeunes. Quels arguments poussent Roland Leroy à leur proposer un traitement de faveur ?

«Un enquête de l'I. F. O. P. datant de 1966 souligne que 25% des jeunes travaillent de quarante-six à cinquante heures par semaine et 22% plus de cinquante heures par semaine. Donc près de la moitié des jeunes travailleurs, 47% exactement, travaillent plus de quarante-six heures par semaine. 67% des garçons et 49% des jeunes filles de quinze à vingt ans travaillent plus de quarante-quatre heures. Ajoutons que les jeunes sont les premières et souvent les principales victimes de l'accélération des cadences de travail, car on utilise leur agilité et leur dextérité pour renforcer leur exploitation. Chez Peugeot, la moyenne d'âge des travailleurs à la chaine est de vingt-cinq ans. Au surplus, le Gouvernement donne l'exemple : dans les services des chèques postaux, on n'embauche pas de femmes âgées de plus de trente ans ! Faut-il rappeler au Gouvernement ce qu'on pouvait lire dans ce Livre blanc que M. Missoffe présentait comme un constat et un programme ou tout au moins comme une déclaration d'intention : «Les conditions d'habitat, les horaires de travail parfois excessifs, certaines cadences imposées, la fatigue des transports, etc. contribuent sans doute à l'apparition (le troubles de la santé et plus particulièrement à la croissance des troubles caractériels et névrotiques, dus peut-être au fait que les capacités d'adaptation des adolescents ne croissent pas aussi vite que les exigences de l'évolution technique et de la civilisation moderne ».

Il est vrai que de telles conditions de vie et de travail ont de graves incidences sur la santé des jeunes travailleurs. Il est scientifiquement établi que la période de formation et de développement juvéniles dépasse le seuil des dix-huit ans.»

Ce fait a été négligé ensuite, me semble-t-il, pour deux raisons :

-         La CGT comme le rappelle Georges Séguy en 1978 était en guerre avec FO et l’accord CNPF-FO de 1965 lui donnait un rôle non négligeable.

-         Le PCF aurait pu se féliciter de cette victoire (Roland Leroy dans l’entretien sur 68 fait en 1998 n’en dit rien) mais c’était faire apparaître le pouvoir gaulliste comme plus social qu’on ne le pensait.

On peut lire l’entente parfaite entre communistes et socialistes.

Bref, j’ai souhaité mettre à disposition le document d’une vingtaine de pages qui relate le débat parlementaire comme élément important de la période. J-P Damaggio