Voici un autre article de Paul Ardouin, sans doute en 1962, dans le journal du PSU du Tarn et Garonne de l'époque. J-P Damaggio

Le libérateur

 De notre correspondant à Escatalens : du syndicalisme de base au syndicalisme démocratique

 Le canton de Montech vient d’attirer l'attention du monde agricole. A la suite de nombreuses réunions locales une équipe de jeunes agriculteurs a pris la tête des syndicats. Dans chaque commune un syndicat a été créé ou rénové et une véritable course poursuite est engagée entre les divers responsables locaux pour savoir qui gagnera le plus d'adhérents. En 1961 167 syndiqués avaient payé leur cotisation, en ce moment plus de 300 s’en sont acquittés. L’émulation s’empare de ces représentants de la « jeune agriculture » et les divers groupements d’agriculteurs sont animés du souci d’efficacité et du respect toujours accru de la démocratie syndicale.

La jeune équipe oriente l’action syndicale afin d’organiser la sauvegarde des exploitations de type familial. Leur premier souci est de développer un puissant syndicalisme de base, et la recherche de ce but se fait sans ménagements et sans compromissions. Il ne s’agit plus de conserver ou de mettre en place des «notables tabous» mais au contraire de faire parler les masses paysannes, de leur donner confiance afin de connaitre parfaitement leurs revendications et permettre l’épanouissement de leurs forces ; de trouver et former des cadres valables connaissant bien les problèmes intéressant les masses rurales.

Imposer une telle structure au syndicalisme agricole, hier encore un syndicalisme de «notables» ou au plus de «militants» est déjà une véritable révolution. Pour ces jeunes il s’agit d’imposer les volontés des masses organisées.

Pourtant à côté de cette «jeune équipe» toutes les forces démocratiques à la campagne ne se jettent pas encore résolument dans la bataille. Certains font des réserves, ont dru craintes. Les uns, laïques forcenés et parfois sectaires craignent de faire confiance une direction dont les éléments considérés comme «cléricaux» l'emporteraient pour mettre le mouvement au service des forces de réaction et non de celles de progrès. Pour d'autres, ils craignent le contact avec des militants considérés comme des militants politiques de gauche, voire d'extrême gauche.

C'est là qu'il faut meure les choses au point. Si certains éléments, réactionnaires notoires, essaient de troubler les esprits de ces soi-disant jeunes cléricaux en essayant de le couper des syndicalistes laïques, il y a une raison. Ces manœuvres viennent d'éléments représentant l’agriculture capitaliste et ils voient d’un très mauvais œil, sortir de leur jeu, ceux qui jusqu’ici leur ont servi d’infanterie pour leur seul profit.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ces jeunes «soi-disant cléricaux» croient à l’unité des petits et des moyens agriculteurs sur des mots d’ordre justes, définis ensemble et sont décidés d’imposer des solutions en leur faveur.

Prenons un exemple. La politique éconolique actuellement suivie  et souhaitée par le régime gaulliste tend à permettre une concentration abusive de terres dans les maoins d’une moinorité entraînant dans les années à venir la disparition des plusieurs centaines d’exploitants agricoles dans ntre canton, de plusieurs milliers dans le département.

Les fesoinsables du cnaton de Montech ont fait discuter dans leurs syndicats des formes d’action pour éviter ces concentrations et permettre à la commission des cumuls, et aux SAFER de faire un travail au profit des exploitants familiaux. En bref, il s’agit par tous les moyens que possède le syndicalisme agricole, y compris l’action violente, d’empêcher les cumuls abusifs, d’agir de telle sorte que ce soit le petit agriculteur qui puisse s’agrandit et non le gros qui en a assez. Mais c’est là mes amis laïques et socialistes, une véritable réforme agraire, très démocratique !

Marx a défini de magistrale façon la différence qui existe entre «la rente foncière brute» et «la rente différée». Mais dites donc, lorsque ces jeunes agriculteurs veulent dissocier la «propriété d’exploitation» de la «propriété foncière» n’agissent-ils pas en marxistes ? – Peut-être sans le savoir, c’est vrai.

Entre ces jeunes et un certain maire socialiste qui, dans un discours de comice agricole, se contente de passer un coup de brosse à reluire aux représentants du gouvernement, qui est le plus socialiste ? Surtout lorsque l’on sait que bon nombre de ces maires n’hésiteront pas à s’associer avec n’importe quels notables pour assurer leur élection, alors que la «jeune équipe» ne dévie pas de ses mots d’ordre de révision foncière au profit des petits.

Les conditions économiques réunissent aujourd’hui des gens bien différents de part leurs concepts religieux ou philosophiques, mais appartenant à la même couche sociale, celle de la petite et moyenne paysannerie, pour imposer ensemble leurs solutions.

 

Or il se trouve que certaines revendications formulées ne peuvent être satisfaites qu’avec l’avènement d’une république socialiste démocratique. La lutte commune nous conduira avec eux à la lutte pour le socialisme. Voulant rester honnête avec leur conscience, et honorer le contrat qui s’est lié entre la masse des syndiqués et eux, ces jeunes agriculteurs ne peuvent que nous aider pour construire «un socialisme à la française».

Aussi, nous considérons que l’action qu’ils mènent vaut autant que le vote de la plus belle résolution laïque et beaucoup plus que le verbiage révolutionnaire du «notable de gauche». Paul Ardouin