Paris Match

Une des règles intangibles des célébrations de Mai 68, c’est l’oubli des événements de Juin. Je donne ici l’exemple de ce numéro spécial de Paris Match de 1988 qui va du 3 mai au 30 mai. Mais Georges Séguy dans «le mai de la CGT» si, lui, consacre 20 pages à Juin sur 200, titre bien, sur Mai. Je peux citer 100 exemples de cette manœuvre, et 2018 ne va pas faillir à la tradition quasi unanime de la presse. Parce que Mai fait vendre et pas Juin ?

Dans cette absence d’évocation de Juin, la campagne électorale qui a débuté voici cinquante ans est encore plus que le reste enterrée sous un tombereau de lieux communs.

Or c’est comme si vous fermiez la porte de votre maison et perdiez la clef : Juin 68 permet de comprendre Mai 68 !

Je vais le démontrer dans un ouvrage que j’achève et donner quelques éléments sur ce blog.

La première victime du phénomène est la grève à l’ORTF. Voici ce qu’en dit en tout et pour tout Georges Séguy dans son livre « le mai de la CGT » publié en 1972 : « Alors que Georges Pompidou prononce un discours violemment anticommuniste devant les journalistes, les forces de police investissent les locaux de l'O.R.T.F. Les journalistes réagissent. La C.G.T. proteste et assure les personnels de l'O.R.T.F. et leurs organisations syndicales de sa solidarité qui ne se démentira à aucun moment de ce conflit de longue durée. De telles méthodes ne peuvent en rien régler les problèmes posés par la grève du personnel de l'Office; elles ne visent qu'à assurer la mainmise encore plus étroite du pouvoir sur une information dirigée à sa convenance. »

Or, pendant tout le mois de juin, jour après jour, cette grève va secouer chaque famille postée devant le petit écran et le ministre Yves Guéna va pleurer le sort fait aux enfants qui ne peuvent plus voir, « bonne nuit les petits ». Puis en août, la charrette de journalistes licenciés dit bien l’aspect stratégique de ce combat. C’est de mai 68 que date l’introduction de la pub des marques à la télé.

La seconde victime est la campagne électorale réduite au sentiment de peur diffusé par le pouvoir. Mais c’est là un classique du pouvoir que même la gauche a repris à son compte depuis 1983 en brandissant la peur du FN. Combien d’électeurs de 1968 ont voté à droite par crainte de l’instauration de la dictature communiste ? Dénoncer le drapeau de la peur évitait à la FGDS et au PCF de s’interroger sur leurs propres erreurs. Mais tenons-nous-en là pour le moment. J-P Damaggio

P.S. : J’ai sensation, ma vie durant, d’avoir été plus passionné par l’étude des échecs de la gauche que par ses succès. J’ai commencé par le cas de 1851 face à 1848, le cas de Mary-Lafon face à Jasmin, le cas de Cladel face à Daudet, le cas de 1906 face à 1905 (sur ce point je découvre hier que la défaite de 1925 face à l’Eglise est totalement oubliée), le cas du 10 mai 1790 à Montauban face aux sans-culottes.