Que ça plaise ou non en 68 les deux forces politiques majeures étaient les gaullistes et les communistes. Je ne néglige pas la multitude de chapelles socialistes, centristes d'extrême-gauche ou d’extrême-droite et encore moins le PSU, mais ici je m’arrête sur les gaullistes et les communistes.

Chacun accusait l’autre de vouloir imposer une dictature.

Côté gaulliste c’était la dénonciation permanente, y compris à l’Assemblée nationale, de Moscou, sous-entendu le modèle de dictature que le PCF voulait imposer à la France.

Côté communiste c’était la dénonciation permanente d’un de Gaulle à la recherche d’un pouvoir toujours plus personnel, toujours plus autoritaire,voire d'intentions fascistes.

S’agissait-il là d’un jeu politique sincère ou d’une façon sommaire d’envoyer l’adversaire au tapis ?

Qui pouvait croire que les communistes de 1968 souhaitaient imposer à la France le modèle soviétique ? Bien sûr, il y avait toujours sa glorification de l’URSS, qui servait de prétexte, mais de là à faire croire que le PCF allait suivre le même chemin, c’était de l’hypocrisie.

Qui pouvait croire que de Gaulle souhaitait imposer sa propre dictature à la France, qui n’avait connu, depuis 1848, un tel événement, qu’avec Napoléon III, la répression contre la Commune et Pétain ? Mitterrand qui s’était glorifié de son live sur Le coup d’Etat permanent, deviendra l’utilisateur le plus durable de la Vème République (14 ans) sans rien en changer, même à la marge ! Il détruisit ainsi le livre qui fit son bonheur politique !

Dans son texte sur le chaos (voir message précédent), René Andrieu écrit au sujet de l’annonce des législatives :

« Mais souhaite-t-il sincèrement que les élections aient lieu ? On peut légitimement en douter. Dans son discours télévisé du 30 mai, il avait laissé clairement percer la menace en cas de poursuite du mouvement de grève, qu'il pourrait choisir «d'autres voies que le scrutin immédiat du pays». »

 Pour une fois Gaston Defferre est d’accord avec lui :

« Mais ces élections auront-elles lieu ? Le général de Gaulle veut-il véritablement consulter le peuple ou sommes nous déjà engagés dans le processus de coup d’Etat ? Le ton employé par me président de la République permet de poser la question. »

 Qui pouvait être convaincu par un tel discours ? Oui, de Gaulle en 58 a été conduit au coup d’Etat mais la constitution mise en place a-t-elle réduit les libertés publiques, plus que IVème République ? Le soutien populaire au Général était-il factice ? Sa vie durant de Gaulle a respecté les élections contribuant même de façon claire au droit de vote des femmes, et tenant parole quand, suite à un référendum, il a été désavoué. Pour en finir avec la guerre d’Algérie valait-il mieux Guy Mollet qui en 1956 a bénéficié des pleins pouvoirs, ou de Gaulle ?

 Par ailleurs gaullistes et communistes avaient deux points communs :

-         Le refus de la domination des USA

-         Le refus du centre dans la vie politique française.

A cause d’une Constitution qui marginalisait le centre, on l’a oublié que ce dernier a toujours été au cœur de l’histoire de France, par le radicalisme, par la troisième force et aujourd’hui par le macronisme. Le Mitterrand de 1988 a lui-même remis en selle un centre à sa convenance dont des ministres appelleront à voter Chirac en 1995 (Brice Lalonde) !

Ainsi la Constitution de 1958 faite pour polariser la vie politique, a même réussi à remettre le centre en selle ! Voilà pourquoi elle est solide : elle peut servir à tout ! Croire, ou laisser croire qu’elle est en bout de course, est une erreur stratégique aussi amusante que la dénonciation du de Gaulle dictateur !

Mais revenons à 68. Tous les partis de gauche ont considéré et répété dans les circulaires électorales, que la décision d’organiser des législatives était un recul de de gaulle, une marque de faiblesse et après leur défaite ils ont indiqué que c’était une défaite annoncée ! Incohérence, incohérence !

La défaite de la FGDS, du PCF et du PSU n’ont été que marginalement, l’effet de la peur, mais surtout la preuve pour ces partis de leur incompréhension totale des événements. Voilà un point qui mériterait une étude minutieuse. Parmi toutes les déclarations des hommes politiques en juillet 1868, que j’ai étudiées, une seule a constaté ce fait : celle du maire socialiste de Montauban. Défendant dès les années 1962 la stratégie d’union de la gauche, contre la majorité de son parti, il a toujours eu son franc parler. A suivre.

JP Damaggio