André Fontanier, l'homme aux multiples casquettes, CGT, FCPE, PCF tient à expliquer ici la situation des jeunes travailleurs. C'est un des rares instits à avoir préféré la CGT au SNI et je l'imagine outré de voir toute la place accordée à la jeunesse "dorée" quand la grande majorité des jeunes qui sont des travailleurs sont les oubliés des médias. Il écrira beaucoup sur Les Nouvelles des Tarn et Garonne pour faire connaître, par des exemples concrets, les injustices vécues en Tarn-et-Garonne. Dans l'article il évoque le magasin américanisé qui vient d'ouvrir, et tout le monde reconnaît le premier supermarché, Korvette. JPD

LIBRES PROPOS

La C.G.T. et les problèmes des jeunes

par André Fontanier

(sur Sud-Ouest et La Dépêche, juin 1968)

NOS lycéens font un méritoire effort pour mettre à jour les conditions d'une éducation plus démocratique. La presse publie chaque jour de sérieuses études émanant des divers établissements de notre département. L'enseignement privé s'associe lui-même aux revendications des travailleurs en lutte. Les professeurs sont directement concernés et mettent en contestation les effets nocifs de la réforme. Les parents d'élèves sont vigilants pour défendre l'avenir de leurs enfants, leur culture générale et les possibilités sociales qui leur sont faites, Déjà Castelsarrasin a organisé une gestion tripartite de son lycée.

La situation évolue très vite et les jeunes de nos écoles, soutenus par un climat

général, infléchissent une prise de conscience salutaire sur les problèmes qui les concernent.

L'Union départementale de la C.G.T. suit et encourage tous les progrès réalisés.

Son action puissante et générale porte en elle les éléments déterminants d'une école démocratique de masse. Elle a toujours été dans tous les combats pour une formation civique, sociale et économique en harmonie avec les vœux profonds de la classe ouvrière, si grandement victime de la ségrégation de ses enfants.

Mais nous nous devons de porter à l'actualité d'autres problèmes de la jeunesse

encore plus douloureux.

La notion de dignité humaine n'est plus ici simplement une question de classification et de participation, c'est la mise en accusation bien plus nette et

profonde de l'injustice sociale.

Nous pensons à tous ces jeunes qui, par centaines, de 14 à 20 ans, sont en quête d'un emploi quelconque à n'importe quel prix, sous couvert d'une législation aberrante. On les dit apprentis, on les dit débutants. Ils n'ont pas de "nom d'emploi", nos milliers de jeunes ni chômeurs ni travailleurs. Ils ont contre eux le handicap d'être nés pauvres, de ne pas avoir trouvé d'école adaptée.

Nous les avons trouvés dans la grève, sympathiques et actifs, ouverts ces jours à l'espérance... Des augures les disent « subissant par force la grève ». Qu'ils viennent donc interroger...

Anne-Marie travaille chez Soubirac. Embauchée « apprentie » trois mois à 0,20 F

de l'heure, mais faisant un bon rendement ouvrier à la colle ». Passée «pareuse H à 0,50 F de l'heure pendant cinq ou six mois puis passée, après réclamation, à 1franc, puis 1,50 F, puis 1,60 F, lui donnant après la fin de son contrat de deux ans 300 francs par mois.

Ou l'ami Pedèche, travaillant chez Simca (local), qui, au bout de trois ans, a pour "vivre" 120 francs par mois.

Ou Jean-Pierre qui, chez Marengo, travaille tous les jours de 7 h 30 à 12 heures, compté quatre heures de travail, payé soi-disant une demi-heure pour la Sécurité sociale. Mais il vous montrera sa feuille de paie, où est très normalement retenue la dite Sécurité sociale une deuxième fois.

Vous faut-il cinquante cas semblables ? Vous faut-il plus fort ?

Après une annonce demandant vendeuses, caissières pour le plus récent des magasins américanisés de Montauban, des lots de vingt filles sont utilisées trois jours à l'essai. On en garde une. On recommence.

Nous sommes avec cette jeunesse qui devrait avoir une formation professionnelle, un large assortiment de centres accélérés ou non qui en fassent de véritables hommes, citoyens d'une République qui reconnaît dans sa Constitution le droit au travail.

Peut-on penser que la C.G.T. n'actualise pas dans cette période une nouvelle et ample considération des problèmes de cette jeunesse exploitée à un inexprimable degré ?

Non, nous lions tous ces problèmes. La jeunesse est en train de bouger. Elle se tourne vers la C.G.T., qui lui donnera la base civique, le syndicat de lutte nécessaire à son épanouissement. Des cours seront donnés chaque jour. Ils ne tomberont pas dans des oreilles incrédules, La vie leur en a déjà appris un bon bout.

Pour la commission éducation C.G.T. : André FONTANIER1.

1 André Fontanier, un Tarn-et-Garonnais originaire du Gers est quatre fois acteur des événements : en tant que parent d’élèves (président départemental de la fédération Cornec) en tant que syndicaliste (CGT), mais aussi en tant qu’enseignant (instit) et enfin en tant que militant politique (PCF). Son article sur « la jeunesse et la CGT » veut rappeler, le 25 mai, les conditions de vie faites à la jeunesse ouvrière (celle des campagnes est totalement oubliée).