Cauvin

En 1994 j’ai été définitivement marqué par le livre de Jacques Cauvin que j’ai lu à cause de la présentation ci-dessous (sans doute parue sur Libération). A ce moment là je mettais une dernière main à un livre sur l’agriculture et sidéré par les découvertes de Jacques Cauvin j’avais pris la peine de lui écrire au sujet de l’Amérique latine. Il avait aimablement répondu et je donne la lettre à la fin.

Je viens de me replonger sur le cas Cauvin pour voir si depuis il avait pu développer ses recherches. Stupéfaction ! Il est décédé en 2001 et je ne découvre que le wikipédia en anglais et en espagnol à son sujet ! Pour un Français ! Dans la lettre qu’il m’envoie, il mentionne Danielle Lavallée mais difficile de lire ses écrits. Le livre sur Paracas est à 117 euros et son wikipédia est en espagnol !

A suivre. J-P Damaggio

  

NAISSANCE DES DIVINITES, NAISSANCE DE L'AGRICULTURE de Jacques Cauvin. CNRS Editions, nouvelle collection, « Empreintes de l'homme », 300 p., 145 F.

Parmi les grands tournants que prit l'histoire humaine, aucun, sans doute, ne fut aussi déterminant que celui du néolithique. Comment naquit cette révolution, qui propagea l'agriculture et l'élevage dans l'ensemble du monde de 12 000 à 6000 ans avant Jésus-Christ ? Pourquoi les peuples préhistoriques, restés chasseurs et cueilleurs pendant des centaines de millénaires, désirèrent-ils soudain maîtriser leur environnement en devenant paysans?

A l'heure où les sociétés humaines menacent de sacrifier la planète à leur folie technologique et démographique, Naissance des divinités, naissance de l'agriculture vient à point nommé nous rappeler les prémices de cette mutation, dont nous sommes les héritiers directs. Jacques Cauvin, ancien directeur de l'Institut de préhistoire orientale de Jalès (lieudit situé sur la commune de Berrias, en Ardèche), y présente une passionnante synthèse des découvertes les plus récentes sur l'origine et l'expansion des sociétés agricoles. Et nous invite, au passage, à réviser bien des idées reçues.

Que l'agriculture soit née au Proche-Orient, dans ce «croissant fertile» qui s'étale de la mer Morte jusqu'au plateau iranien, on le sait depuis longtemps. Dès les années 30, les naturalistes observent en effet que les ancêtres sauvages de la plupart des espèces végétales et animales domestiquées sous nos contrées avaient coexisté dans cette région du monde dès la fin de la dernière période glaciaire, il y a de cela plus de dix mille ans. Mais le néolithique n'intéresse encore qu'une poignée de préhistoriens, et il faudra attendre l'immédiate après-guerre pour que ce champ de recherche prenne véritablement son essor. Une impulsion donnée principalement par les Anglo-Saxons, auxquels on doit alors les premières fouilles du site de Jéricho (9 500-8 300 avant Jésus-Christ), dans la basse vallée du Jourdain, dont le village néolithique s'étend sur plus de deux hectares.

Lorsque Jacques Cauvin, à la même époque, se tourne à son tour vers le Proche-Orient, il fait figure de pionnier parmi les spécialistes français. A partir des années 70, il concentre ses recherches sur le site de Mureybet, dont il tirera les principales conclusions qui nourrissent aujourd'hui son ouvrage. A la lumière des données récemment acquises, il s'oppose à la thèse, couramment énoncée, selon laquelle l'avènement de l'économie de production aurait été une réponse à des pressions d'ordre biologique ou écologique. La révolution néolithique, estime-t-il, est avant tout le produit d'une profonde mutation culturelle, de ce savoir socialement transmissible et indépendant de l'environnement qu'André Leroi-Gourhan appelait le «milieu intérieur».

Une révolution des symboles

«Contrairement à Jéricho, explique Jacques Cauvin, dont les strates les plus anciennes n'ont pu être étudiées, Mureybet présente en effet l'avantage de livrer témoignage non seulement des premiers temps agricole, mais aussi de la période qui les a immédiatement précédés. Situé sur le moyen Euphrate syrien, ce site fut longtemps occupé par des chasseurs cueilleurs, qui y bâtirent leurs premiers villages bien avant d'y semer leurs premières cultures.» «De plus, ajoute-t-il, on sait aujourd'hui que ces populations, lorsqu'elles commencèrent à développer la domestication, ne manquaient absolument de rien pour subvenir à leur alimentation.» La pêche disparaît sur l'Euphrate, tandis que le poisson reste. Et si la chasse néglige progressivement le petit gibier, celui-ci n'en continue pas moins de proliférer dans la région.

Autre transformation : à Mureybet, comme sur d'autres sites, se produit, à la môme époque, un progrès spectaculaire dans la sédentarisation, ainsi, que le regroupement des populations dans des agglomérations de plus en plus grandes. «Mais, là encore, les données recueillies sur l'ensemble de la région ont montré que ces phénomènes ne désignent en rien une augmentation démographique globale à l'échelle du Proche-Orient.» Pour résumer : les premières communautés agricoles ont émergé dans un contexte de «plein épanouissement culturel et social», et non, comme on l'a longtemps cru, en réponse à une quelconque situation de pénurie.

Dès lors, pourquoi une telle mutation? Pour Jacques Cauvin, c'est dans une «révolution des symboles» qu'il faut chercher l'explication. Alors que les représentations artistiques dans tout le Levant étaient restées jusque-là essentiellement zoomorphes, on assiste à l'apparition soudaine, entre 10 000 et 9 500 ans avant Jésus-Christ, des premières représentations féminines. «Cette humanisation de l'art, qui prend tout d'abord la forme de petites figurines rudimentaires, évoluera rapidement pour aboutir à la Déesse-Mère et au Dieu-Taureau, les deux figures symboliques dominantes qui tiendront la vedette durant tout le néolithique et l'âge du bronze orientaux», précise Jacques Cauvin. Or cette évolution fondamentale de l'art proche-oriental se produit avant et non après le bouleversement économique que constituera le passage à l'agriculture. Comme si, loin d'en être la conséquence, elle en était la cause.

Révolution des symboles, apparition des divinités : avant même l'invention de l'agriculture, c'est bien une modification du psychisme humain qui se produit alors. Pouvoir de dieu et finitude de l'homme deviennent les deux pôles solidaires d'une même dramaturgie, d'un même malaise existentiel. De là, peut-être, le désir de changement et le progrès qui en résultera. De là la décision des sociétés humaines, jusqu'alors spectatrices du monde vivant, d'y intervenir en tant que producteurs actifs. Une innovation qui, techniquement parlant, était possible depuis longtemps, mais dont «ni l'idée ni l'envie ne leur 'étaient simplement jamais venues ». CATHERINE VINCENT

 

Centre National de la Recherche Scientifique INSTITUT DE PREHISTOIRE ORIENTALE

Jalès, F 07460 Berrias Tél. 75 39 31 61

 Jalès, le      10/10/94

 Monsieur Jean-Paul DAMAGGIO, 82800 BRUNIQUEL

Cher Monsieur,

Je vous remercie de votre lettre. Je ne crois pas que des chercheurs appliquent au continent américain le type d'approche qui vous a convaincu pour le Proche-Orient. D'abord parce que cette approche est nouvelle, ensuite parce que j'ai l'impression qu'il y a très peu de documents d'ordre "idéologique" sur le Néolithique de là-bas.

J'avais demandé dans un séminaire à une collègue, Madame Danielle Lavallée, qui travaille en Amérique du sud, de tenter une synthèse sur la néolithisation américaine. Celle qu'elle nous a faite, qui concerne surtout le domaine andin mais fait référence au reste, est parue en 1989 dans l'ouvrage collectif :

O. Aurenche et J. Cauvin (eds.) Néolithisations, Oxford, Bar Intern. séries n'516.

Croyez, Cher Monsieur, à mes sentiments bien cordiaux et dévoués.  Jacques Cauvin