En 68, 63% des ouvriers ont une voiture, 71% une télévision, 80% un réfrigérateur et 61% une machine à laver. Personne ne s’étonnera du retard de la machine à laver par rapport au frigo. Par rapport à 1958 c'est une transformation profonde. Les faits sont là, les ouvriers «s’embourgeoisent» !

Michel Clouscard en tire aussitôt ce constat :

« Le néo-libéralisme (radical), le freudo-marxisme, le libéralisme vont cacher le profit, le parasitisme de la nouvelle bourgeoisie en imputant leur intégration au prolétariat ! Ils vont substituer à sa vocation révolutionnaire «défaillante», le «changer la vie» qu'est l'émancipation des valeurs traditionnelles de la bourgeoisie. Cette inversion consiste donc à attribuer au producteur (prolétariat) le négatif de la nouvelle société, et à attribuer au consommateur libertaire le positif révolutionnaire ! Parce que le producteur est devenu un consommateur, le consommateur devient révolutionnaire !!!

La «société de consommation» sera la notion clé autorisée par l'inversion-transfert. Le camouflage idéologique consistera à inclure dans la nouvelle société du capitalisme monopoliste d'État l'ouvrier, le producteur, et à exclure... le vrai bénéficiaire, à la consommation sélective.[1]»

Parce que les Bourgeois changent de statut dans un capitalisme de la séduction qui change de rapport au plaisir, par cette inversion, que Clouscard pointe à merveille, les ouvriers deviennent les conservateurs et les étudiants, porteurs des nouvelles valeurs bourgeoises (et boursières), des révolutionnaires. Oui, en guise de révolution, les tartuffes n’ont pas manqué en 68 et ils ont, ensuite, commercialisé à merveille ce titre de gloire ! Quand Clouscard écrit Chaban-Delmas met en oeuvre sa chère "nouvelle société".

J-P Damaggio



[1] P. 16 Néofascisme et idéologie du désir, Les tartuffes de la révolution