Le grand moment littéraire de Toulouse avait cette année le portugais en vedette.

Nous avons écouté Guiomar de Gramont la Brésilienne, José Eduardo Agualusa l’Angolais, Lidia Jorge la Portugaise. Trois histoires très différentes qui nous apprennent d’abord la vitalité du portugais.

L’Angolais est le plus surprenant sur ce point. Il indique qu’entre l’Angola et le Portugal ce n’est pas la « guerre » car c’est par la Révolution des œillets que l’Angola a été libérée du colonisateur. De ce fait la langue au Portugal s’enrichit souvent du portugais d’Angola, et la jeunesse du Portugal aime reprendre le folklore de l’Angola. Dans les villes de l’Angola le portugais occupe environ 70% de la place (50% dans le pays tout entier) ce qui est bien pour le portugais mais moins pour les langues africaines.

Dans les trois cas ce sont les événements récents qui servent de cadre à leurs romans. Pour le Brésil, la guérilla des années 70, pour le Portugal la guerre coloniale en Angola et pour l’Angola cette même guerre.

Ceci étant quand je dis que José Eduardo Agualusa est Angolais c’est très réducteur puisqu’il a fondé une maison d’édition… brésilienne !

De même Lidia Jorge (qui a parlé en français) est fortement Portugaise mais son désir d’écrire lui est venu d’un séjour en Angola.

Dans les trois cas l’éditrice Métaillé, présente à une des rencontres, est au cœur de telles éditions (même si tout a commencé chez Gallimard pour Agualusa, qui en est à son septième livre traduit).

Pour Guiomar son nom complet est : Guiomar Maria de Grammont Machado de Araújo e Souza. Avec Maria on comprend qu’il s’agit d’une femme mais pas avec Guiomar. Son roman, d’un côté un disparu dont il est impossible de faire le deuil, de l’autre une femme dans la guérilla dont on s’étonne qu’elle soit là (rien à voire avec Dilma Roussef passée elle aussi par cette « école »). Des discours qui se croisent sans forcément se comprendre mais qui à la fin forment un tout. Elle parle un français impeccable et est heureuse d’être interrogée par un lecteur qui a lu avec minutie «Les ombres de l’Araguaia».

Dans les trois cas les écrivains précisent que leurs romans ne sont pas des thèses mais ils sont plutôt engagés à gauche, du côté de la paix, et de la mémoire porteuse de futur. Pour le Brésil, ne pas avoir mis sur la table les drames de la dictature conduit à répéter de tels drames d'où peut-être les effets sur la situation actuelle.

Le livre de Agualusa qui est évoqué Le marchand de passés, procède d’un rêve amusant : une personne décidée à vendre un passé fabriqué à des personnes dont le futur est si grand que seul leur manque un passé à la hauteur de ce futur !

Comme toute littérature l’histoire collective croise l’histoire individuelle et j’enfonce là des portes ouvertes comme plusieurs questions posées à deux des auteurs.

A Lidia il lui a été demandé si la Révolution des œillets avait été une utopie perdue (je n’ai pas le mot exact) ce contre quoi elle s’est insurgée car si en effet la Révolution n’a pas répondue à toutes les attentes il n’en demeure pas moins qu’elle a instaurée une démocratie, elle en a fini avec les guerres coloniales. Pour elle comme pour Ortega y Gasset toute révolution peut apporter son lot de désillusions mais il ne faut pas oublier pour autant les acquis qui persistent.

Bref, croiser un tel univers au moment où mon fils se prépare à se marier avec une Brésilienne c’est ouvrir une autre porte sur un monde que je n’ai toujours regardé que de loin. Au début des années 70 il y a eu le cinéma Brésilien, à un autre moment Jorge Amado, Porto-Alegre aussi, et surtout Saramago qui trône en bonne place dans ma bibliothèque. Il reste à suivre les événements qui s’annoncent. J-P Damaggio