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Le phénomène n’a rien à voir avec les événements. Il s’agit d’une pratique économique mise en place par les autorités pour maintenir les prix de la pêche. Une douleur incroyable pour de nombreux paysans. Des fruits étaient retirés du marché (donc envoyés à la poubelle et détruits) contre une modeste somme payée aux paysans qui ensuite gagnaient plus avec le «vrai» marché.

Pour qui connaît le travail que représente la production d’un kilo de pêche, le voir, par tonnes, rejoindre les poubelles dit bien l’absurdité du système économique quand, par ailleurs, des personnes ont faim !

C’était à ce moment-là un de mes grands plaisirs au moment de cueillir les pêches familiales : en repérer une parfaitement à point, la peler puis la déguster directement de l’arbre à la bouche. Un plaisir que je n’ai jamais retrouvé avec les pêches du commerce ni même avec les pêches familiales qui suivront. Il faut préciser que les deux rangées de pêchers en question étaient en bord de rivière et donc abondamment arrosées. On dit que l’eau c’est la vie mais c’est vrai aussi pour les produits agricoles (et pour les fleurs) même les moins gourmands en eau.

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Retrouver à présent cette question du «retrait» dans la presse de l’époque suscite la même indignation qu’hier. Il faut comprendre que la pêche, si elle se conserve un temps au frigo, est un fruit cependant fragile. La nectarine ou le brugnon posent moins de problèmes. Quant à la poire et la pomme, elles sont conformes aux impératifs du marché capitaliste.

Louis Delmas le maire de Montauban s’est insurgé contre cette situation. Il mentionne bien sûr l’écart entre le prix au producteur et celui au consommateur : « Si le kilo de ce fruit ne vaut que quarante ou cinquante centimes sur le carreau du marché-gare, il coûte de trois à six fois plus selon les régions, à la vitrine du détaillant. »

Il propose ce que le Front populaire avait imposé sur le blé : «un office national de la gestion». Mais la différence c’est que le blé peut être stocké et en 36 la construction de silos a permis aux paysans d’être moins tributaires du commerce. Ils n’étaient plus obligés de vendre dès la récolte réalisée.

Quant à l’autre proposition, «un parlement et un gouvernement européen» pour harmoniser les coûts, les salaires, les frais de transport etc. on reste loin du compte.

La solution a un nom : remplacer la pêche par le kiwi qui, comme la pomme, a une durée de vie et une productivité plus consistante que la pêche. Ou alors par la noisette. Bref, la pêche comme la cerise vont être de plus ne plus rares.

Dans tous les cas, «produire pour détruire» est une marque institutionnalisée du système capitaliste sous la forme du gaspillage (dans l’industrie d’aujourd’hui on a un terme : obsolescence programmée ! ».

J-P Damaggio