Jacques Desmarais me fait observer à juste titre que mon mot en réponse à Bouchard(1) était plutôt polémique. J’ai été marqué par le glissement de l’auteur : d’un côté l’admiration pour la France pour constater ensuite son «visage sombre» comme si c’était un fait à côté, ou un fait regrettable, or les deux phénomènes sont indissociables et j’ai moi-même eu du mal à l’admettre. En mai 1790, à Montauban, les contre-révolutionnaires réussissent, en s’appuyant sur la religion catholique, à fomenter une révolte POPULAIRE contre les révolutionnaires plutôt protestants. L’action des uns impliquait l’action des autres comme les deux faces d’une même histoire.

Et ces contre-révolutionnaires vont, tout au long de l’histoire, chercher l’appui de l’étranger, contre la France démocrate. C’est toujours vrai. Ils tiennent le haut du pavé dans les médias d’aujourd’hui pour répéter en boucle que sur le plan économique la France est nulle face à l’Allemagne, qu’en matière de rêve rien ne vaut celui venu des USA, et que sur le plan de la fraternité (il disent «vivre ensemble» car «fraternité» leur écorche la gorge), vive la Grande-Bretagne. Ceux qui défendent la nation française contre les nationalismes sont des archaïques, des demeurés, des attardés qui ne veulent pas voir que l’avenir radieux s’appelle l’Europe ! Contre ce pouvoir de l'étranger, au XIX ème siècle, des hommes ont promu l'Europe latine (Mary-Lafon par exemple).

Le parti des Verts dont je peux partager des combats écolos, est le champion de cette haine d’une France, championne par ailleurs du nucléaire civil.

Voilà que subitement le slogan « Je suis fier d’être français » devient le mot de passe, suite à une victoire de l’équipe de foot. Or ce sport plus que tout autre, est le modèle même de l’internationalisation du marché, les équipes nationales n’étant que les fantômes de la nation !

Messi est le plus grand joueur du monde mais à Barcelone, dans l’environnement de Barcelone, club qui fut d’ailleurs le dernier à accepter la pub sur les maillots des joueurs. Malgré depuis son adolescence, une vie très loin de l’Argentine il garde une admiration profonde, sincère, pour son pays et il voudrait tant donner à l’équipe nationale pour dire cet amour (il a permis sa qualification) sauf que l’équipe nationale reste un fantôme.

Nous avons vu évoluer le rugby qui après avoir été le rugby des villes et des villages, est devenu, malgré de nombreuses résistances, le sport du fric, mais l’équipe de France de rugby garde cependant pour l’essentiel la marque du pays.

Comment passer aussi aisément d’une haine de la France à une fierté frelatée ? Car le fond est le même : l’artifice.

 Pour que les extrêmes ne fassent pas toute la France, un centrisme contradictoire a tenté de les tenir à distance. Dire «centrisme contradictoire» est un oxymore, car le centrisme a toujours une version penchant à droite et une version penchant à gauche. Mais ce ventre mou ne peut effacer la lutte sous-terraine entre le tout (la défense de la nation démocratique) et le rien (l’enterrement de la nation démocratique). Alors, fier d'être Français ? Pourquoi pas, si on se comprend, mais pas à cause d'une victoire sportive sinon pourquoi ne pas pleurer quand on constate que depuis très longtemps aucun Français n'a gagné le Tour de France.

J-P Damaggio

(1) http://viedelabrochure.canalblog.com/archives/2018/07/27/36590405.html