Voici un texte digne de célébrer la rentrée 2018. JPD

L’action féministe janvier-février-mars 1918

Egalité de Traitement

L'heure est venue de poser à nouveau la question de l'Egalité de Traitement.

Comme le faisait remarquer le G. F.U. des Basses-Pyrénées dans son ordre du jour de juillet dernier, il se trouve des femmes qui, du fait de la guerre, ont seules la responsabilité d'une famille et ne doivent point recevoir de salaires diminués. Les Institutrices ont souci également de la dignité de la femme et ne sauraient admettre que fournissant un travail identique, elles soient payées moins que leurs collègues instituteurs.

Toutes nous connaissons trop ces arguments pour nous y arrêter longtemps. La question est, à mon sens, de plus grande envergure. Que l'Egalité de traitement pour les travailleurs des deux sexes ne soit point réalisée dans un délai très rapproché, ce sera le maintien du monde du Travail tout entier, ouvriers, employés, fonctionnaires dans un état d'infériorité économique lamentable.

Il est un fait impossible à nier : les instituteurs sont les plus mal payés, à culture égale, de tous les fonctionnaires. Il me paraît qu'une des causes principales, pour ne pas dire la principale, est que l'enseignement a été le premier service public qui ait reçu une aussi forte proportion de femmes.

Les salaires féminins, si bas en général, ont causé un afflux considérable de candidates vers la carrière de l'Enseignement mieux rétribuée, et la concurrence aidant, l'Etat a pu maintenir longtemps les bas traitements du personnel enseignant.

Nos collègues instituteurs ont protesté. En vain, jusqu'au jour où ils ont compris que, pour que l'Etat n'ait pas INTÉRÊT à employer des femmes plutôt que des hommes, il fallait exiger l'Egalité de traitement. Ce fut un geste de générosité de la part de beaucoup d'instituteurs et cette générosité fut une remarquable habileté.

Les institutrices qui ont mené la lutte pendant si longtemps veulent continuer à la mener pour que la petite différence de traitement qui est encore en leur défaveur, non seulement ne menace pas de grandir, mais encore pour qu'elle disparaisse entièrement.

Ce faisant, elles travaillent pour elles, certes, mais elles veulent aussi aider toutes les femmes en lutte pour la conquête du salaire vital, premier symbole du respect dû au Travail.

Certains indices nous montrent que les femmes, dans toutes les professions commencent à exiger leur dû.

Nous savons des employées des Postes qui protestent. C'est avec la plus grande sympathie que nous suivons la lutte des cheminottes qui veulent obtenir l'égalité pour l'indemnité de cherté de vie.

Les hommes ont intérêt à soutenir les femmes dans leur revendication, afin qu'elles ne jouent pas, en dépit qu'elles en aient, le rôle de «jaunes».

Quelques organisations ouvrières avaient songé pour éviter la concurrence féminine à boycotter l'entrée des travailleuses dans le métier. Ce serait fort impolitique et surtout ce ne sera pas possible. La main-d'œuvre fera trop défaut après la guerre pour que l'on puisse se passer des ouvrières et l'ensemble des salaires ou des traitements subira une forte dépréciation si l'on continue à payer les femmes d'une façon dérisoire.

D'ailleurs, qui profitera de l'action menée en faveur des travailleuses ? C'est la classe laborieuse tout entière. Les femmes qui travaillent ne sont-elles pas les filles, les sœurs, les femmes de travailleurs.

Toute lutte contre elles serait une lutte fratricide.

Nous réclamons donc l'Egalité de Traitement parce que c'est une mesure de stricte équité. Nous la demandons parce que la femme veut se placer dans la société en égale de l'homme et non en inférieure. Nous la voulons parce que nous voulons que le Travail prenne dans la société la première place. Il est la seule puissance respectable, parce qu'il est la seule force véritable de progrès.

Marthe BIGOT.