J’ai consacré un livre à l’histoire du FN à partir du cas concret du Tarn-et-Garonne et j’ai donc vérifié que le slogan «la France aux Français» est aussi vieux que l’extrême-droite est vieille.

Le rapport aux étrangers est-il donc la ligne de démarcation entre position de gauche et de droite ?

Un appel vient d’être lancé avec ce titre : Manifeste Pour l’accueil des migrants et il commence ainsi : Partout en Europe, l’extrême droite progresse.

Il est bien de commencer par un constat mais qui en entraîne un autre : « Partout en Europe les opposants à l’extrême-droite échouent ». Un constat plus simple à analyser pour des signataires qui sont des opposants permanents de la dite extrême-droite ! Vous ne trouverez nulle part cet effort qui entraînerait une autre pratique que le vœu pieu sous forme de manifeste !

L’appel vise donc en premier lieu à combattre le FN à partir de la promotion de l’accueil des exilés (je préfère ce terme pour des tas de raisons). Une pratique qui depuis le début assure la progression de l’extrême-droite ! Est-ce que je viens d’écrire que pour arrêter l’extrême-droite il faudrait cesser tout accueil des étrangers ? Non, comme on le lira plus loin.

L’appel affiche ainsi les deux camps : La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. Mais pourquoi ?

Après trente ans de lutte contre le FN ils osent écrire : Le temps des boucs émissaires est de retour. Comme si ce temps là avait disparu !

Une confirmation, au cœur de mon étude, comme quoi les opposants au FN se refusent à analyser le FN et l’action qu’ils ont mené qui n’a eu pour résultat que de se tirer une balle dans le pied.

Mais, me dit-on il existe en fait une analyse : « Les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance et dans la surdité des technocraties. Ce n’est pas la main-d’œuvre immigrée qui pèse sur la masse salariale, mais la règle de plus en plus universelle de la compétitivité, de la rentabilité, de la précarité. »

Une analyse qui se mord la queue : le déplacement des êtres humains n’est pas la cause des maux puisqu’il est une part des maux en question !

Puis elle s’autodétruit avec cet autre passage classique pour des opposants au FN : «Dans la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises se déplacent sans contrôle et sans contrainte ; les êtres humains ne le peuvent pas.» Les exilés se déplacent sous l’effet de contraintes qui rendent les contraintes du pays d’accueil recherché, minuscules ! Ils risquent leur vie pour arriver là où ils ne sont pas désirés ! L’appel dénonce les contraintes existantes en France, sans rien dire des contraintes qui poussent les migrants à risquer leur vie. Les signataires se placent au centre du monde des «méchants» quand ils en sont à la périphérie du fait justement de la même crise qui crée la misère partout. Une crise où les marchandises se déplacent avec de plus en plus de contraintes qu'on appellent droit de douanes.

Si appel il devrait y avoir, il faudrait en appeler au combat partout, pour la civilisation ! Et l’accueil en France des migrants n’est pas l’alpha et l’oméga de cette civilisation, seulement un des aspects ! Au nom de l’urgence, il est important d’accueillir mais ce n’est pas là toute une politique !

A écrire glorieusement la phrase suivante, à la fin on comprend la manœuvre : « Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées et qui tentent même une partie de la gauche.» Elle aurait pu devenir : « Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées, que le PS a alimenté avec le projet de déchéance de la nationalité et qui tentent même une partie de la gauche.»

Le but est simple : disqualifier la France insoumise dont les dirigeants majeurs ne pouvaient être signataires !

Manuel Bompard futur tête de liste aux Européennes pour la France insoumise a jugé bon d’expliquer son refus de signer tout en précisant son respect des signataires. Je suis d’accord avec son propos qui n’est pourtant pas le mien. S’il pointe bien quelques questions, il fait l’impasse sur l’analyse de l’extrême-droite et ses succès. Je note seulement ceci : « Je m’étonne de les voir asséner qu’ils ne « composeront pas avec le fonds de commerce de l’extrême droite » quand l’appel ne dit rien des politiques de Macron et de ses amis en Europe qui accouchent des Orban et des Salvini ».

L’extrême-droite serait seulement le fruit des politiques des Orban et des Salvini ? Pour Salvini c’est aller vite en besogne quand il n’a fait aux dernières élections que 14% et qu’il est au pouvoir depuis si peu de temps ! Oui, les politiques des pouvoirs font le bonheur du FN mais parce qu’en face, il n’y a jamais de riposte sur le fond ! En Italie le PD et toute la gauche ont, autant que Salvini, leurs responsabilités. La France insoumise a-t-elle des relais en Italie ?

Tant que des forces politiques ne tireront pas les leçons de cette montée de l’extrême-droite en sortant du schéma de 1939, pour y opposer un nouveau projet de civilisation, les appels divers ne serviront à rien, même avec un million de signatures ! Ce n’est pas moi qui le dit mais trente ans d’histoire ! J-P Damaggio