« La Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault dirigera un gouvernement majoritaire pour les quatre prochaines années.» vient d’indiquer Radio Canada.

Voilà donc un bouleversement qui fait penser au précédent, il y a quarante ans quand le Parti Québécois avait créé sa propre surprise.

Peut-on tirer des leçons générales et globales d’une l’élection dans cette province du Canada ?

Je pense que oui et je veux le démontrer.

Le CAQ est né en 2011. Il a intégré les forces venues de l’extrême-droite l’ADQ, des forces venues des conservateurs et il est dirigé par un ancien ministre du Parti Québécois, un homme d’affaires.

Le CAQ est donc un parti qui a été capable de prendre des voix dans tous les secteurs de l’opinion. Il a repris le thème de campagne majeur de l’extrême-droite, la lutte contre les migrations.

Or le Québec n’a pas le Mexique à sa frontière et aucun risque de débarquement de bateaux venant d’ailleurs. Au contraire, le Québec a besoin d’une immigration qui est choisie par les autorités.

La lutte contre l’immigration n’y est donc pas, comme en Autriche mais dans un contexte différent, la lutte contre un étranger venant manger le pain des Québécois.

La victoire du CAQ confirme en fait un peur générale, la peur de l’avenir, avec l’exilé en bouc émissaire.

Reprenons le fil de l’histoire. La gauche a toujours été porteuse de ce message : les lendemains qui chantent, face à la droite repliée sur les solidités du passé contre les aventures risquées.

Dans le contexte des années 70, les plus heureuses pour la gauche, le Parti Québécois a pris les commandes du Québec dans la stupéfaction générale. L’avenir meilleur s’appelait alors l’indépendance du Québec.

Les années 80 ont renversé le face à face classique de l’histoire : la gauche qui n’avait rien venu venir du côté écolo est devenu celle qui décrit les nuits sombres de l’avenir, quand la droite a admis que seule la contre-révolution conservatrice pouvait nous sauver.

Dans cette nouvelle situation la gauche n’a pas su se remettre en selle, or au Québec la chute du communisme et de la social-démocratie ne pouvait y avoir aucune influence, même si le PQ s’inscrivait dans l’histoire du réformisme classique. On accuse souvent la chute de l'URSS et dans la foulée de la social-démocratie de la perte des repères classiques de la gauche. Si ce fait a joué en Europe, ce n'est pas le cas au Québec, ce qui oblige de voir plus loin.

Les échecs des référendums pour l’indépendance ont laissé le PQ nu, et sa décomposition inévitable. Cette décomposition a favorisé le nouveau parti à gauche, Québec solidaire, mais celui-ci ne gagne que dans la mesure où le PQ perd.

Inversement le CAQ gagne sur tous les tableaux en usant un discours classique partout dans le monde : le refus de l’immigration. Pour ce faire, il s’empare d’une valeur profondément de gauche : la laïcité !

Je dis une valeur profondément de gauche mais que la gauche a abandonné pour des raisons diverses et que la droite a donc pu travestir à son avantage. Chez nous le FN devenu RN est champion en la matière !

En fait la lutte de la gauche c’est, à présent, apprendre, à lire les étiquettes sur les produits que l’on consomme, à choisir sa voiture entre le diesel, l’essence, l’hybride ou l’électrique etc. L’idée que le consommateur peut changer la face du monde est, pour la gauche, la plus pernicieuse que je connaisse !

La victoire du CAQ c’est en Italie la victoire du Mouvement 5 étoiles qui n’a pas été la victoire de la Ligue, mais l’expérience gouvernementale tend semble-t-il à démontrer que c’est la Ligue qui en tire les bénéfices.

Cette question pour observer que la victoire du CAQ peut devenir circonstancielle, comme celle du PQ et de tant d’autres partis nouveaux, vu qu’une alliance QS et PQ serait largement majoritaire. Mais une telle alliance ne signerait qu’une nouvelle étape dans la décomposition du PQ et briserait le dynamisme propre à QS ! La leçon québécoise est bien globale : les gauches du monde sont devant un impératif, repenser leur construction d’un projet d’avenir, aussi bien par la gestion de l’urgence que par les propositions d’ensemble. La gauche avait su faire ça au tournant des années 1900 avec d’un côté un syndicalisme proposant des mesures concrètes au jour le jour, et de l’autre le politique annonçant un avenir radieux. Il est totalement néfaste de laisser croire que les échecs actuels de la gauche furent des échecs globaux. La preuve, la contre-révolution conservatrice tente d’en finir tous les jours, avec ce passé de droits sociaux, au nom des droits de l’homme. C'est sur la question du mode de production qu'il faut agir.

Face à la nouvelle collusion où les géants des affaires entrent directement dans les cabinets politiques, il est encore temps d’articuler un projet de production nouveau et les impératifs des limites de notre planète. J-P Damaggio