Isabelle Garo qui ne mâche pas ses mots contre Michéa : Au nom du peuple. J-C. Michéa réécrit l’histoire. Ai-je écrit dans un message précédent. Elle indique par exemple : «Heureusement, Michéa a pris soin de nous prévenir : il n’est « plus » marxiste.»

Elle a peut-être raison car je n’ai lu que le dernier livre de Michéa où cependant Marx est longuement cité… mais à le citer on n’est pas forcément marxiste, d’ailleurs d’après ce que je sais, Marx lui-même disait, qu'il n’était pas marxiste. Bref, Marx est cité environ 40 fois sur 150 pages.

J’ai très peu lu Michéa car en matière de philosophie une longue fréquentation d’Henri Lefebvre, Michel Clouscard, Patrick Tort et Jaques Rancière me suffisent largement.

Mais bon, Michéa venant pour un débat à 10 km de chez moi, je me suis dit qu’il fallait que je m’actualise. D’ailleurs Michéa s’appuie surtout sur des livres actuels de 2017 et 2018 (voir liste à la fin).

Comme l’a expliqué Jack Dion le livre se divise en deux parties : le texte d’une conférence assez courte, appuyé ensuite sur des commentaires qu’il appelle scolies. Je ne suis pas surpris : on retrouve à la fin de la conférence Michel Clouscard et sa fameuse phrase : « Tout est permis mais où rien n’est possible. »

« Une société, en somme, dans laquelle – comme l’écrivait prophétiquement Michel Clouscard – tout est permis (ce qui est bien le principe du libéralisme culturel) mais où rien n’est possible (tel est effectivement le principe du libéralisme économique : « There is no ohther alternative »).

Je ne sais le rapport de Michéa aux prophètes (y compris ceux du malheur) mais le propre de Clouscard n’a jamais été celui de la prophétie mais celui du constat pour être mieux révolutionnaires.

Mais revenons à Marx dans la conférence qui ouvre le livre. Dès la deuxième ligne, Marx est présent à travers Le Capital qui semble le livre phare de ce philosophe. Dans l’avant-propos et la conférence (50 pages sur 150), Marx est cité, pour s’y appuyer, six fois. Et on pourrait faire un index double avec la liste de ceux qui viennent en appui de sa démonstration : Paul Lafargue, Aude Vidal, Georges Pérec, Marcel Mauss, Engels, Guy Debord (une forte présence dans tout le livre), Proudhon, Supiot, Pierre Cardin, Mark Hunyadi, Camus, Orwell, Michel Clouscard,

Pour les adversaires j’ai envie de donner la palme à Michel Foucault (qui apparaît dès la deuxième page) avec la liste des autres : John Rawls, Adam Smith, Milton Friedman, Hobes, parmi les hommes de poids et Bill Gates, Jacques Séguéla, John Stuart Mill, Serge July, Kouchner, Macron, Borloo, Jean-Loup Amselle, Benjamin Constant par les seconds couteaux.

L’autre adversaire majeur que je ne connaissais pas de nom s’appelle, Gary Becker, l’économiste néolibéral, systématisé au début des années 70 par Friedrich Hayek. «Voir Gary Becker, The Economics of Discrimination (1957). Dans ce texte précurseur, le future conseiller de Ronald Reagan… »

Gary Becker a été président de l’association Le Mont Pèlerin qui a poursuivi Pepe Carvalho dans son tour du monde, jusqu’à le conduire en prison (voir l roman Milenio). C’est le dernier livre de Vázquez Montalbán et j’ai travaillé beaucoup à libérer Pepe de sa cellule ! A Barcelone je ne serais pas surpris d’apprendre que des ex-membres du Mont Pèlerin soutiennent Manuel Valls.

 Il a des personnes que je classe difficilement comme Pascal, Sade, Christopher Lasch ou Voltaire.

 Références positives données par Michéa :

Alain Supiot : La gouvernance par les nombres, Rayard, 2015

Aude Vidal : On achève bien les éleveurs, Editions l’Echappée, 2017

Ernst Lohoff et Norbert Trenkle : La Grande dévalorisation, Post-éditions, 2014

André Perrin : Les scènes de la vie intellectuelle en France, L’Artilleur, 2016

Aldo Schiavone : L’histoire brisée, Belin, 2003

Thomas Frank : Listen, Libéral, paru aux USA en 2016 et traduit chez Agone en 2018 : Pourquoi les riches votent à gauche

Cédric Hugrée, Etienne Penissat, Alexis Spire : Les classes sociales en Europe. Tableau des nouvelles inégalités sur le Vieux Continent, Agone, 2017

Mark Hunyadi : La tyranie des modes de vie, Le Bord de l’eau 2015

Brewster Knee : La Tyrannie des droits, Editions Ecosociété, Montréal, 2014

Quentin Skinner : La liberté avant le libéralisme, Le Seuil 2000

Edward Thompson : Les usages de la coutume. Traditions et résistances populaires en Angleterre, XVIIe-XIXe siècle, Gallimard 2015

Samir Amin : La Souveraineté au service des peuples, suivi de l’agriculture paysanne, la voie de l’avenir Cetim 2017

Renaud Garcia : Alexandre Chayanoc, Editions Le passager clandestin

Renaud Garcia : Le Sens des limites contre l’abstraction capitaliste, L’Echappée, 2018

Collectif : Gustav Landauer, un anarchiste de l’envers, Editions de l’Eclat

(Michéa indique que le site Contretemps est probablement le meilleur site Web consacré à l’histoire du mouvement ouvrier et de l’anarchisme, site où s’exprime largement Isabelle Garo).

Et bien sûr un peu de George Orwelle et son chef d’œuvre : Animal farm.

Jean-Paul Damaggio

P.S. 1 : Je vais à présent laisser Michéa pour en revenir à mes problèmes avec l’histoire, ayant à terminer le cas des législatives de 1968 et le cas d’un Conventionnel de Castelsarrasin.

P.S. 2 : Comme Michel Clouscard, Michéa est dénoncé comme soutien de l'extrême-droite.

P.S. 3 : Il n'y a pas de noms féminins dans la liste et si, à juste titre, Michéa dénonce fortement le féminsme bourgeois (qui peut reconnaît-il suivant sa logique, amener tout de même des améliorations à toutes les femmes mais en confortant surtout le système), il oublie de s'appuyer sur le féminisme social qu'il semble ne pas connaître. Mais je peux me tromper, vu ma faible connaissance de l'oeuvre de l'auteur.