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Début 2010, les Editions La Brochure en étaient à leurs débuts, une amie, Geneviève Gillet, avait eu l’idée de présenter le cas de notre travail à l’émission Carnets de campagne de passage en Tarn-et-Garonne. Aussitôt après j’ai reçu un coup de fil d’un monsieur de Saint-Antonin que je ne connaissais pas qui voulait éditer un petit livre bizarre, un dictionnaire de petits mots logiques. J’ai expliqué que ça n’entrait pas trop dans nos objectifs et comme toujours j’ai rappelé la faiblesse de nos éditions. Il a insisté et s’est proposé de venir chez nous à 100 km environ, pour présenter son manuscrit.

Un matin j’ai donc vu arriver un grand monsieur, chauve, paisible, et mobilisé pour la publication de son projet que j’ai découvert en effet, totalement original. L’œuvre d’un humoristique que j’allais découvrir petit à petit. Il fallait le suivre. « Ecurie : arrêt d’une radiothérapie ». Plus simple : « Eloge : discours qui fait sortir de sa loge ». Plus politique : « Démagogie : captation du magot de gens du peuple » etc.

Il m’a assuré que lui-même en vendrait plus de 200 donc nous avons mis au point un livre de 80 pages publié en février 2010.

A cette occasion je suis allé jusque chez lui à Saint-Antonin, une commune que je pensais connaître mais qui est si étendue que j’ai dû bien réfléchir pour trouver sa maison qui était un rêve fou, un ancien restaurant en pleine campagne. Quand je suis arrivé il coupait du bois.

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Il m’a un peu raconté sa vie qui n’avait rien à voir avec l’humour mais beaucoup plus avec le capitaine Cousteau. Je lui ai acheté un livre qu’il avait publié à Edisud, une maison d’édition plus solide que la nôtre : La Passion du bleu. Un livre magnifique sur une histoire qui fut la vie un peu amère de ce plongeur sans équivalent.

 

Satisfait par la publication de son premier manuscrit, moins d’un an après il m’a proposé l’édition de : On ne radine pas avec l’humour. Toujours pareil, 80 pages, de cours textes où l’humour était d’un autre genre. « Si je meurs je veux qu’on m’enterre sans commentaire ».

 

Pour mon second passage chez lui, pour apporter la nouvelle édition que j’avais réalisé trop vite, avec une erreur de date de naissance sur le dos de couverture, j’ai encore découvert une autre branche de son humour, à travers un livre, pur produit saint-antoninois de 2007, imprimé dans la ville voisine de Laguépie. Je n’ai jamais eu le plaisir de croiser Studio 35 éditions et Tim Grosvenor.

Il s’agissait de photos anciennes allant de 1973 à 1983 où, par une mise en scène savante, André Laban se mettait doublement en scène. Encore un livre sans équivalent pour un homme dont l’art n’avait pas de frontière. Des mots à la photo, de la photo à la peinture, de la peinture au théâtre, du théâtre à la vie, tout n’était que vie pleine d’envies.

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Aurai-je un jour la chance de connaître vraiment toutes les faces de ce personnage, de cet authentique, de ce courageux respirant un bonheur mesuré, un bonheur dégusté par petites bouchées.

 

Puis un jour à Amsterdam, nous venions du Mexique, nous avons couru pour récupérer la correspondance et là, en y arrivant nous tombons sur André Laban. Il venait de je ne sais où de réaliser quelques plongées. L’apnée était toute sa vie. Et, à plus de 80 ans il ne pouvait pas en être autrement. Né en 1928, à Marseille où il avait commencé sa carrière artistique à l’âge de 12 ans en peignant les paysages de Provence, il avait exactement 82 ans. Quand nous lui avons expliqué que nous venions du Yucatan il nous a alors parlé, avec sa voix si tendre, si douce, des cénotes, ces lieux aquatiques spectaculaires de la région.

 Il avait dans la tête toute la carte subaquatique du monde et quand j’écris du monde je n’exagère pas ! A un point tel qu’il inventa la peinture sous l’eau ! Le théâtre sous l’eau ! Voilà pourquoi au cours de mon dernier passage chez lui pour lui apporter de nouveaux tirages de ses œuvres il me montra le CD où on le voyait jouer et peintre au fond de la mer ! Je me suis empressé d’acheter cette autre œuvre !

 Parfois il arrive que chez tel ou tel individu le sens de l’humour se perde face aux douleurs de la vie. Chez André Laban on avait la sensation que l’humour était sa façon de survivre aux douleurs de la vie.

J-P Damaggio