pêches

Parce que je suis lancé dans la réécriture actualisée d’une étude sur La sortie des paysans (1914-2014), en croisant aujourd’hui un ami à la fête des plantes à Saint-Nicolas de la Grave, je lui ai demandé des explications sur la mutation-disparition de la pêche de nos étalages. En parlant, j’ai découvert qu’il avait participé à la vie d’un domaine montalbanais grand producteur de pêches, que j’ai bien connu.

En quelques minutes j’en ai découvert des phénomènes !

Premièrement j’ai vérifié l’idiotie de la formule classique «c’est mon choix». Non, nous ne choisissons pas les pêches que nous mangeons !

Je venais de vérifier que les variétés des années 60, «américaines» à souhait, ont globalement disparu et je voulais savoir pourquoi.

1 ) Nous restons dans le monde américain (entendez nord-américain).

Il existe les pêches à chair blanche et celles à chair jaune et aujourd’hui on pense que les blanches sont meilleures que les jaunes sauf qu’il reste à savoir quelles blanches et quelles jaunes. En fait, l’essentiel c’est le monde de la distribution, et aux USA la distribution c’est depuis très longtemps la Grande Distribution. Dès les années 60, tout est supermarché et elle a tous les pouvoirs.

2 ) La grande distribution impose des pêches fermes, à la peau délicate et aux belles couleurs. Pour le goût il passe après, d’autant que les pêches sont ramassées avant la maturité. Donc les «sélectionneurs» sont en permanence à l’œuvre. Bref les variétés de mon enfance comme la dixired bien que jeunes, bien que productives, bien que grosses, bien que juteuses sont globalement passé à l’as.

3 ) D’autant qu’il y avait un problème à régler pour réduire la main d’œuvre, un problème dont je pensais qu’il était hors compétence des sélectionneurs : le nombre de fleurs sur une tige. Le lecteur non familiarisé avec la question ne comprend pas. Les variétés de mon enfance nécessitaient un éclaircissage : sur chaque branche, au printemps, des personnes devaient passer pour enlever quelques petits fruits pour le bonheur de quelques-uns. Les sélectionneurs sont intervenus : sur une tige qui avait dix fleurs, ils ont fait en sorte qu’il n’en reste qu’une pour éviter ce travail humain relativement cher.

4 ) Bilan : la vente de pêches a chuté. Les consommateurs sont-ils responsables ? Pour une part, car ils ne veulent que des fruits à l’apparence parfaite que le distributeur prend en compte, mais pour une petite part seulement car tout vient de la forme de distribution ! La pêche plate est venue un temps sauver les meubles et dernièrement je me régalais des dernières pêches du voisin qui faisait de la vente directe. Il a arrêté et l’ami m’a confirmé que la dite pêche plate est elle aussi en déclin en France.

5 ) Les consommateurs peuvent influer sur la production mais seulement dans la mesure où cet effet est conforme avec le critère au-dessus de tout : refuser la baisse tendancielle du taux de profit. Toute l’idéologie plaçant l’homme en dehors des pouvoirs sociaux qui le dominent n’est rien d’autre que la liberté de la souris dans sa recherche pour échapper au chat. J-P Damaggio

P.S. Le cas de la pêche est bien sûr unique... Je ne cite la pêche que parce qu'elle est à mon sens une des marques du Tarn-et-Garonne. J'ajoute qu'en 1914 les paysans ont bel et bien connu une sortie exceptionnelle : c'était pour la guerre.