Clouscard 1983

Après le congrès du PCF de 1982, Michel Clouscard a les honneurs de la page Idées de L’Humanité. Son texte est chapeauté par un long texte d’Arnaud Spire qui avait fait dans le journal la présentation de La Bête sauvage. Je me retrouve tout à fait dans l’idée que «son étude, serre au plus près le concret…» puis, il met un peu en garde le lecteur au sujet de la stratégie révolutionnaire proposée : «Sans doute peut-on formuler sur cette méditation individuelle, ici ou là, quelques réserves qui ne sont pas de détail.»

Les rapports de Clouscard avec le PCF sont nouveaux et on peut les rattacher avec le rapprochement entre le PCF et Henri Lefebvre.

En conséquence Clouscard décide de se faire pédagogue. Il montre son attention aux positions du PCF avant de pointer une critique adoucie. Il commence par la question du retard que, sous la houlette de Roger Martelli ; le PCF a théorisé pour expliquer son échec de 1981 quand Georges Marchais était sûr d’être au second tour de la présidentielle. Il s’agit du retard dit de 1956. En bon dialecticien, Clouscard positive ce retard qui serait l’effet de la «demande révolutionnaire». Je doute de cette analyse car en fait ce retard n’est qu’une opération politicienne mais bon… Clouscard apporte ensuite sa contribution à l’étude «de ce moment où la société civile est totalement soumise au marché hégémonique du libéralisme». Il développe les conséquences pratiques de cette étude pour en arriver au duel : libéralisme social-démocrate/socialisme pour «défaire de l’intérieur, par la gestion de l’autogestion, le capitalisme monopoliste d’Etat.»

Le PCF s’était rallié par surprise à l’autogestion en 1979. Déjà en 1982 la notion avait disparu mais dans la théorie de Clouscard elle s’inscrit dans une logique qui finalement a échoué car si le libéralisme social-démocrate est en effet en échec, ce n’est pas par le socialisme, mais par une nouvelle métamorphose du capitalisme !

Plutôt que le terme «autogestion» aux multiples sens je préfère sa formule du livre quand aux éléments de stratégie révolutionnaire : «La révolution du mode de production par le mode de production».

Ses recherches permanentes sur la stratégie révolutionnaire sont moins connues, moins étudiées que sa critique du capitaliste de la séduction. N’étant pas économiste il s’appuie beaucoup, comme on le voit dans l’article, sur le travail de Boccara et ses amis, sur le capitalisme monopoliste d’état (CME) sauf qu’au même moment Boccara pointe surtout «la révolution informationnelle» que la direction du PCF ne veut pas reprendre à son compte. Et sur ce point Clouscard rate le coche. Il a été un pionnier pour analyser les métamorphoses du capitalisme mais très vite il s’est trouvé en retard d’une métamorphose car le capitalisme n’a pas cessé de se métamorphoser !

Mes observations n’enlèvent rien, à mes yeux, à la fabuleuse contribution de Clouscard car elle a cette caractéristique indispensable : réfléchir par rapport à la société réelle.

Bref un document pour suivre une histoire d’importance. J-P Damaggio

P.S. Voici le sommaire du chapitre sur la stratégie révolutionnaire :

Chapitre 3 : La stratégie révolutionnaire            175

A. — De la révolution d'Octobre à la stratégie révolutionnaire en régime de société civile   175

1.         La contre-stratégie et la « tradition » révolutionnaire             175

2.         Les lois générales (de la logique de la production) — La ligne juste  178

3.         La fin du modèle et la fin... du pathos      181

4.         De Yalta à l'eurocommunisme        183

5.         De l'eurocommunisme à la société civile française — Le grand paradoxe : les meilleures et les pires conditions révolutionnaires           190

a)        Le creux de la vague — Le recul des conditions subjectives    190

b)        L'avancée des conditions objectives —Le nouveau schéma stratégique       193

B. — La révolution du mode de production par le mode de production         197

1.         La stratégie socialiste : ses axes, son originalité et ses conditions à priori : la paix et la démocratie             197

2.         La socialisation de l'infrastructure           201

3.         Comment la crise permet la participa-tion des communistes au pouvoir super structural           206

4.         Au coeur de la stratégie : l'autogestion    216

a) De la gestion à l'autogestion      216

b) Le champ autogestionnaire : les libertés et les nationalisations     220

5. Les alliances politiques : union à la base ; union du travailleur collectif et des couches moyennes ; union du peuple de France           226

a)        La stratégie immédiate       226

b)        L'accomplissement stratégique     232