cathares

La Dépêche vient de se faire l’écho en Une de son édition de dimanche dernier d’une polémique entre historiens au sujet de la réalité du catharisme dans le Sud-Ouest.

Alessia Trivellone, maître de conférences en histoire du Moyen-âge à la fac de Montpellier vient de démontrer que la présence cathare dans le sud-ouest était loin d’être une évidence.

Un mythe qui s’est développé au cours du XXème siècle avec cependant des origines très anciennes désignerait comme Cathares, les Albigeois.

Pour moi il ne s’agit pas d’une bataille terminologique mais bien d’une bataille politique.

Quand j’ai lu tant et plus Mary-Lafon (1810-1884) qui a étudié le Midi de la France pour en écrire l’épopée, je n’ai jamais trouvé sous sa plume le mot cathare mais toujours le mot albigeois. Or Mary-Lafon avait une grande habitude des rapports entre religion et politique et concernant les protestants par exemple, il n’a jamais confondu la guerre «religieuse» et la guerre «politique». Il a clairement expliqué les intérêts des différentes classes à cette guerre : les intérêts des militaires, des nobles, des bourgeois, des prêtres et du peuple n’étaient pas les mêmes étant entendu que dans chaque catégorie il y avait un affrontement entre protestants et catholiques.

Pas question de nier la guerre de religions mais pas question d’oublier que cette réalité a souvent servi à en cacher, voire à en nier, une autre, la guerre politique !

La guerre contre les Albigeois a été une guerre politico-religieuse sauf qu’avec la présentation des Cathares elle est devenue strictement une guerre religieuse (avec le mot albigeois on prenait mieux conscience de la spoliation économique). Oublier le politique c’est oublier la bataille sociale. Imposer la soumission du Comte de Toulouse au roi de France c’était un peu comme imposer plus tard la soumission de l’Algérie aux intérêts de la France (dans ce cas on a inventé la bataille de la civilisation contre la berbérie (pardon la barbarie)).

Faite oublier la bataille sociale a toujours été un impératif des historiens qui massivement ont servi les intérêts des classes dominantes.

La Dépêche a donné la parole aux historiens des deux camps mais sans donner la parole à ce courant qui veut rappeler ce qu’il en fut de la place de la guerre sociale, au sein des guerres internes aux historiens.

J-P Damaggio